Lors de sa présence à Saint-Étienne pour interpréter Ortrud de Lohengrin, nous avons rencontré Catherine Hunold entre la répétition générale et la première. Au cours de cet entretien elle nous parle de son parcours, de sa voix et évoque ses projets et son rapport au métier...

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Catherine Hunold, vous êtes à St-Étienne pour trois représentations de Lohengrin où vous interprétez Ortrud. Comment se sont passées les répétitions et la Générale?

Tout s’est très bien passé. C’est un projet très ambitieux pour l’Opéra de Saint-Étienne, le projet phare de la saison. Ce n’est pas évident pour un théâtre de monter un opéra de Wagner.
C’est la version originale qui est donnée ici, non celle de « Coburg » avec un orchestre allégé donnée à Rennes en 2015.


Ortrud est un rôle que vous avez interprété plusieurs fois. C’est un rôle difficile et exigeant ; il y a des débats pour savoir s’il vaut mieux une mezzo ou une soprano dramatique. Il faut parfois beaucoup de puissance avec le risque de crier. Quels sont pour votre cas particulier ses principales difficultés et qu’est ce qui vous plait particulièrement dans ce rôle ?

C’est ma cinquième Ortrud et la quatrième de la saison. C’est un rôle que j’adore. Je ne vois pas ce rôle en termes de difficultés parce qu’il convient très bien à ma facture vocale ainsi qu’à mon tempérament scénique. Ortrud est le rôle où je peux exprimer totalement ce que je suis en tant que chanteuse, montrer toutes mes facettes dramatiques et toute ma palette vocale. C’est un rôle compliqué, réputé pour être unkiller voice. Il faut toujours être dans une très grande souplesse tant vocale que mentale. Mais ce rôle est extrêmement bien écrit. Wagner n’aimait pas ce personnage et disait d’elle que c’est une horrible femme, une femme de pouvoir. Cependant il lui a écrit des phrases d’une grande sensualité et quand on respecte scrupuleusement ce qui est écrit dans la partition, « on ne peut pas se faire mal ». Ortrud est complexe, pleine de failles. Tout se trouve dans la musique. 


Vous découvrez ici une nouvelle mise en scène. Est-ce que vous arrivez avec certaines idées ou vous êtes totalement malléable à ce que vous demande le metteur en scène ?

C’est le premier rôle que j’interprète aussi souvent et pour moi c’est un challenge de rester ouverte comme à mon habitude. J’essaie d’arriver sans idées, je sais ce que je veux faire musicalement, mais je laisse la porte ouverte au metteur en scène pour m’emmener dans son univers. C’était un peu plus compliqué ici en l’ayant déjà chanté quatre fois. Louis Désiré a une vision très précise de ce qu’il veut pour Ortrud et je l’ai suivie très naturellement. J’ai pu découvrir d’autres facettes du personnage, des failles que je n’avais pas explorées, un côté plus sobre que dans d’autres productions où l’on me faisait faire des choses plus exubérantes. Ici le personnage est très contrôlé et le moindre geste, le moindre regard, le moindre sourire veulent dire quelque chose.


Dans la production de Lohengrin donnée à l’Opéra Bastille en début d’année vous étiez la remplaçante des deux titulaires. N’est-ce pas frustrant de ne pas avoir pu chanter même pour une seule représentation? On apprend quand même de cette expérience ?

Non j’assurais les répétitions mes collègues n’étant pas là, ce qui est déjà une grande chance. Pour moi ce n’est pas du tout frustrant, je savais pourquoi je le faisais, c’était très clair et rien que d’être dirigée par Philippe Jordan était un grand bonheur.


Donc bilan positif quand même…

Très positif. J’ai fait les répétitions du premier cast et du deuxième cast. Quand on est sur la scène de Bastille avec l’occasion de donner la réplique à Jonas Kaufmann, René Pape, Martina Serafin, Wolfgang Koch, c’est fabuleux ! C’était un grand plaisir d’être là et de côtoyer une équipe exceptionnelle. Et le travail avec le chef a été formidable. Je rêve un jour de chanter sous sa direction. Je comprenais tout ce qu’il voulait sans que l’on ait besoin de se parler. Un pur bonheur.

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Ortrud à Séoul


On aimerait mieux vous connaître. Revenons tout au début. Comment avez-vous découvert la musique et le chant ? 

Je chantais avant de parler. Je suis parisienne. L’école maternelle où j’allais était à côté du conservatoire et en sortant de l’école j’allais m’asseoir sur les marches et j’embêtais ma maman en lui disant « je veux aller là, je veux aller là ! ». J’ai commencé mes études musicales dès 5 ans par l’apprentissage de la flûte traversière. Puis je suis rentrée dans une institution où il y avait un chœur de jeunes filles et où l’on était choisies pour aller sur la scène de l’Opéra. Très tôt j’ai pu monter sur scène. Quand j’ai eu 11 ans j’ai participé à un enregistrement d’un opéra pour enfants Bêtes et Fous, un conte médiéval qui a tourné pendant un an dans toute l’Ile de France. A 11 ans c’est formidable de quitter l’école à 14h et d’aller « faire la chanteuse ». A 14 ans je suis entrée en classe de chant avec Danielle Millet puis au CNR de Saint-Maur les Fossés chez Mady Mesplé.
J’ai ensuite suivi un cycle de perfectionnement au Vlamse Opera Studio à Gand et Anvers. 


Et comment votre carrière a-t-elle démarré ?

Avant d’intégrer le Vlamse Opera Studio et juste après avoir eu mon prix au conservatoire j’ai participé au diptyque Idoménée de Campra /Idomeneo de Mozart avec l’Atelier Lyrique de Tourcoing. Cette production a tourné pendant un an. Je suis très intéressée par la scène et comme on est très peu formés en France j’avais choisi cet Opéra Studio qui travaillait avec des circassiens. Nous montions une production par mois avec des metteurs en scène différents venant de mondes très éclectiques allant du monde du cirque au metteur en scène plus classique comme Philippe Sireuil ou Carlos Wagner que j’ai retrouvé dix ans plus tard pour ma première Ortrud.


Vous ne vous êtes donc jamais dit « à partir de maintenant je veux en faire mon métier »…

Non, ça a toujours été. Pourtant je ne suis pas d’une famille de musiciens, mais mes parents m’ont toujours soutenue et ont encouragé cette vocation… à force d’insister..(rires…)


Vous écoutiez des disques ?

Pas du tout, mais je voulais être chanteuse d’opéra. 


Ce n’est donc pas un choix, mais une vocation…

Tout à fait.


Quels ont été vos premiers rôles ?

Si l’on oublie les opéras pour enfants, c’est Electre à Tourcoing puis la Reine dans Affaire étrangère de Valentin Villenave crée à l’Opéra de Montpellier en 2009.
Une chose amusante est qu’une des toutes premières auditions que j’ai faites en sortant du Studio était pour Jean-Louis Pichon en 2006 et qui après m’avoir entendue m’a proposé Elsa à Saint-Etienne pour dans trois ou quatre saisons plus tard. Je venais d’aller en finale des Wagner voices. Comme il n’a pas continué à Saint-Étienne, le projet ne s’est pas réalisé. Ce rôle aurait été mon premier Wagner en France et aurait donc lancé ma carrière beaucoup plus tôt.


Avez-vous connu des problèmes de positionnement de votre voix ? Vous avez toujours été soprano dramatique ?

Ma tessiture a varié. J’ai commencé colorature et je chantais La Reine de la nuit avec Mady Mesplé. En fait je chantais les dramatiques-coloratures, pas les coloratures légères plus des Konstanze, Donna Anna… Mais avec ce medium qui a toujours été présent. J’avais des contre-fa très faciles entre 15 et 20 ans avec ce centre de voix très présent mais qui posait question et j’avais aussi des facilités à vocaliser. Je suis devenue maman et tout le bas de la tessiture s’est complètement épanoui et a ouvert cette porte sur le soprano dramatique en enlevant le côté colorature. J’ai eu la chance d’avoir ma fille très jeune et donc de pouvoir très jeune découvrir cette voix. Il a fallu rebâtir toute une technique de soprano dramatique, une technique de souffle physique et mentale pour assumer ces grands rôles. Je recherche la souplesse, la stabilité et la longévité.


On vous a entendue dans des opéras donnés très rarement : Le Mage et Les Barbares ici même à Saint-Étienne, Bérénice à Tours. Vous n’êtes pas effrayée par ce travail pour des rôles qu’on ne vous proposera peut-être plus jamais ?

C’est enthousiasmant ! On découvre une partition, on n’a aucun repère sonore et on doit tout imaginer. C’est là un processus créatif très passionnant. De même que créer cette mise en scène de Lohengrin ici. C’est ce processus de création en équipe qui est fascinant. Pour tous ces rôles on ne sait pas quel va être le déploiement harmonique vocal tant que l’on n’a pas entendu l’orchestre. Ce qui m’enthousiasme c’est d’être dans la création.


De ce trois œuvres que l’on vient d’évoquer, laquelle selon vous mériterait une programmation plus fréquente ?

Je voudrais aussi ajouter Francesca da Rimini que j’ai chantée à Metz et Pénélope à Strasbourg. J’ai pris un très grand plaisir à chanter cette Pénélope de Fauré dans la mise en scène d’Olivier Py. C’était un remplacement de dernière minute. Je l’ai su deux heures avant. Pénélope et Bérénice sont aujourd’hui les deux plus proches de moi, ce sont des rôles qui se marient bien à mon répertoire wagnérien.


Vous vous êtes confrontée il y a quelques années à Isolde. C’était à Prague en 2010 et en 2011 et en version scénique. Pouvez-vous nous en parler ? Ce n’est pas trop intimidant de se confronter une première fois à ce rôle si emblématique et si difficile. 

C’était à 35 ans mon premier rôle wagnérien et j’ai commencé par le plus difficile (rires). J’étais dans le TGV, mon agent m’appelle : « Catherine, est-ce que vous vous sentez d’attaque pour apprendre Isolde en cinq semaines ?». Et comme j’aime beaucoup ce genre de défi, j’ai dit oui, folle que j’étais, et çà a été formidable, une révélation. Je savais que j’allais vers ce répertoire mais je ne l’avais pas fait, je n’avais pas vécu ce que c’était que de passer par ces trois actes de Tristan. C’est comme si tout le puzzle vocal que je construisais depuis des années se mettait en place naturellement. 
Je n’étais pas germaniste. Ce fut donc un très gros travail mais cette langue m’est assez naturelle. Le rôle d’Isolde c’est 200 pages, j’ai travaillé 15 heures par jour. Comme Ortrud, Isolde est complexe. Le texte exprime quelque chose de différent de l’orchestre qui souligne autre chose et sa ligne vocale dit encore autre chose. C’est cette grande complexité qui m’attire. Il y a toujours des choses à faire avec Isolde. J’aimerais tant, tant la rechanter…


On ne vous l’a jamais reproposée?

Si, pour un remplacement de dernière minute à Paris qui n’a pas abouti…Et il y a des projets dans l’air...

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Isolde à Prague


Et dans le répertoire wagnérien il y a eu aussi la Brünnhilde de La Walkyrie

C’est un beau cadeau d’Alain Surrans à Rennes avec un Wotan fabuleux, Willard White. Avec Isolde ma voix s’est révélée avec l’orchestre et depuis çà ne cesse de grandir en moi. Dans les Hojotoho il faut être presque colorature et j’utilise tout ce que j’ai pu apprendre pour garder la légèreté, la brillance, cette clarté française que j’ai beaucoup apprise de Mady. Puis immédiatement contralto pour l’annonce de la mort à Siegmund. Ma facture vocale demande ces grands écarts. Si je suis contrainte dans un registre trop lyrique, je ne suis pas à l’aise. J’ai besoin de ces écarts vocaux, de ce stretching pour que ma voix s’épanouisse. Je pense que c’est la particularité de ma typologie vocale.


Vous vous produisez souvent en concert. C’est un choix ou la conséquence d’opportunités ?

J’aime beaucoup me produire en concert. Ce sont plus des opportunités mais j’ai ce désir de concert. J’aime me retrouver dans cette bulle de l’orchestre et du chef. J’ai une profonde admiration pour le travail du chef d’orchestre et j’aime beaucoup travailler cette connexion. D’ailleurs j’ai épousé un chef d’orchestre !


Quelles ont été les personnes importantes dans votre formation, votre développement, votre orientation de carrière ?

En premier Mady Mesplé qui m’a apportée la conscience de la profession, ce grand respect de la partition et cette idée du chant français, de la clarté, de l’élégance. Et aussi ce vernis qu’elle ne pouvait pas me donner à mon âge mais que je comprends aujourd’hui. Nous avions eu cette discussion avec Jean-Sébastien Bou pendant Bérénice. Il était passé chez Mady avant moi et nous nous sommes dit que nous comprenions maintenant ce qu’elle voulait nous dire. Et c’est la première qui, alors que j’avais 18 ans, m’a dit « Catherine vous chanterez Wagner et les « grands français » inchantables ». 


Une grande intuition ?

Non, pas une intuition, mais elle avait une oreille incroyable, que je n’ai jamais retrouvée. Ensuite il y a eu ma rencontre avec Dame Margaret Price à l’Opéra Studio des Flandres. Elle y donnait des master class. On a travaillé tous les grands Mozart et elle m’a dit « Il va falloir mettre Mozart de côté, ce n’est plus pour vous ». Elle pensait plus à Verdi. 


Elle ne vous a pas fait envisager Isolde, pourtant elle a été au disque une Isolde légendaire…

Non, mais on en a beaucoup parlé ; elle m’a raconté le travail qu’elle avait fait avec Kleiber. Chez cette artiste il y avait aussi une intégrité, un respect de la partition, une honnêteté et un rapport très direct au chant.


Mady Mesplé, Margaret Price…

Et Christa Ludwig. Juste après avoir quitté l’Opéra des Flandres, j’ai été invitée à participer à ses master class autour de Ariane à Naxos et autour de Tosca. Une rencontre incroyable. C’est une personne très généreuse. Le soir du concert de clôture de sa master class elle a glissé dans ma poche un petit papier sur lequel était griffonné Wiener Staatsoper, une date et un horaire. Elle m’avait obtenu une audition. J’en ai fait une première à 14h devant elle et tout le staff de Ioan Holender, le directeur, qui était venu pour voir celle que Christa présentait à l’audition. Elle avait aussi fait venir un agent important le Dr Böhm. J’ai chanté une première fois et le Dr Böhm m’a dit qu’il me voulait dans son agence. On me prévient alors de ne pas bouger de cette pièce et d’attendre que Mr Holender vienne m’auditionner tout seul. J’ai attendu toute la journée dans la salle Carlos Kleiber sur ma petite chaise et ce n’est qu’à 20h que j’ai à nouveau auditionné.


Que vous a-t-on proposé ?

Holender m’a dit « c’est très bien, il faut que alliez faire vos marques et vous revenez ». Il y a eu un changement de direction et rien n’a abouti. On est toujours lié au désir d’un directeur et le jeu de chaises musicales fait qu’il faut tout reconstruire après. C’est très compliqué.


Quels sont les artistes, chefs ou chanteurs qui vous ont le plus marquée, que vous admirez le plus. ?

J’adore Leonie Rysanek pour l’impact vocal. Toute cette période du chant me plaît énormément que ce soient Nilsson, Rysanek ou d’autres. Aujourd’hui il y a une grande soprano dont je vais être la cover, Christine Goerke. Chez elle il y a quelque chose qui me rappelle cette grande époque. Je suis contente parce que je vais être sa cover au Covent Garden pour Ortrud. C’est sa première Ortrud, le ROH a fait appel à moi suite à Bastille et à mon audition qui s’est très bien passée. 
J’ai depuis très longtemps une grande admiration pour Nina Stemme qui est pour moi un modèle. J’ai travaillé avec son coach physique en Suède, une ancienne danseuse étoile suédoise qui prépare Nina à chaque rôle, à l’habiter, à trouver la démarche du rôle. C’est un travail formidable d’habitation physique. Et puis bien sûr il y a Lubin, Crespin…Quand j’ai fait le concours des Wagner voices de Bayreuth, lors de la finale à Venise, Sergio Segalini m’a dit « vous êtes la nouvelle Crespin » et c’est vrai qu’au début de ma carrière on m’a collé cette étiquette « crespinette » mais je ne l’ai jamais rencontrée.


Comment aimeriez vous voir évoluer votre carrière. Quels sont les rôles que vous aimeriez que l’on vous propose ?

Aujourd’hui Strauss. Une Ariadne va arriver. Ce sera en France dans un théâtre magnifique. Je suis vraiment ravie et heureuse d’aborder Strauss par cette porte là et de ne pas faire comme avec Wagner, brûler les étapes en débutant avec Isolde. Bien sûr j’aimerais rechanter Isolde, continuer mon exploration wagnérienne avec Kundry, et les Brünnhilde du Ring. Je vous avoue que pour chanter Ortrud, je me chauffe la voix en chantant allein ! weh ! ganz allein ! d’ Elektra. Jusqu’à présent j’avais des réserves pour la chanter mais maintenant je m’y sens très bien. Il fallait que mon grave se fortifie, s’épanouisse. Le medium est très charnu, l’aigu est puissant, il fallait du temps pour que ce grave s’épanouisse naturellement. Maintenant je suis prête… 


On ne vous l’a pas proposée…

Non. Il fallait que je sois prête et je crois qu’il faut attendre que cette Ariadne se passe, qu’on m’entende dans Strauss avec cette vocalité particulière. Je veux garder cette grande rondeur et souplesse et pour Elektra c’est ce que j’aimerais faire entendre aussi. 
Bien sûr ensuite je rêve de faire la Teinturière de La Femme sans ombre. Le problème avec mon type de voix, outre le fait que je sois Française, c’est que ce sont des ouvrages lourds, chers à produire et qu’on n’a plus les moyens de les monter ou alors ce sont les grandes maisons qui les montent et on fait appel à des stars, ce qui explique les cover à Bastille, à Covent Garden…


Mais vous poussez la porte…

Oui, je sais que là je suis testée. C’est difficile et çà l’a toujours été pour les sopranos dramatiques françaises.


Verdi, Puccini… ?

Je pense qu’on ne m’offrira pas Tosca, je n’ai pas l’italianité physique. Aujourd’hui on est dans la culture que le physique doit s’assortir à la scène. Minnie de La Fanciulla conviendrait mieux, mon look de blonde américaine pourrait plus correspondre. Turandot bien sûr, Lady Macbeth que j’ai déjà abordée en scène et que j’aimerais rechanter, Andrea Chenier, Gioconda… 


Rachel de La Juive ?

Oui bien sûr. Mais aujourd’hui le plus souvent ce n’est plus distribué en soprano dramatique, on le donne à des voix plus légères. Je suis en contact avec Henri Maier, qui a dirigé les opéras de Leipzig et de Montpellier. Après m’avoir entendue à Rennes dans Ortrud il m’a dit « Catherine il faut chanter Rachel ». On va moins donner sa chance à un physique pulpeux que ce soit chez les hommes ou chez les femmes. Mes camarades chanteurs doivent être bodybuildés, ils doivent ressembler à des athlètes alors que cela n’aide pas forcément le chant. Certains metteurs en scène sont tellement dans une recherche de vérité crue que parfois on passe à côté des vraies voix. Espérons qu’on n’en vienne pas à la sonorisation… !


Quand on vous propose un nouveau rôle, vous décidez seule ou vous demandez l’avis de vos professeurs ou agents ? 

Je travaille seule depuis très longtemps maintenant. Je n’ai pas de professeur, je n’ai pas de coach. 


Votre agent ?

On en parle bien sûr. J’ai la chance d’avoir le même agent depuis dix ans. Il connaît toute mon évolution vocale et sait exactement ce qui me convient ou pas. Mais au final c’est moi qui décide, je sais bien ce qui me convient, à quel moment aborder un rôle…même si aborder Isolde à 35 ans était risqué, mais cela a marché…

Vous vous produisez souvent à l’étranger, peut-être plus qu’en France. C’est un choix ou bien vous êtes victime du fait que les directeurs d’opéra français préfèrent trop souvent des artistes étrangers ?

Ce n’est plus tout à fait vrai ces toutes dernières années. Que l’on soit bien clair : sur les engagements, les chanteurs n’ont aucun choix. Je ne veux pas penser qu’il existe un snobisme anti-français des directeurs mais le problème de base est que nous coûtons cher. Un artiste étranger coûtera moins cher. On paie nos impôts en France et je ne sais pas comment le faire comprendre aux politiques. Il y a des quotas officieux dans d’autres pays, pourquoi pas chez nous. Je suis surprise d’entendre parfois que certains opéras de province recherchent une stature internationale. Ce n’est pas leur mission, c’est celle de Paris ou de quelques autres grosses structures françaises. Leur mission est de faire travailler les chanteurs français et d’encourager la jeunesse vocale française qui n’a aucun moyen de travailler aujourd’hui. L’Etat dépense beaucoup d’argent pour former des chanteurs, pour rien puisqu’ils n’auront pas de structure pour faire leurs armes et on va même attribuer les tout petits rôles à des chanteurs étrangers…


Quand vous devez apprendre un rôle ou une partition comment procédez-vous ? Piano, lecture, écoute… ?

Je travaille à la table, au piano. J’aime aussi écouter beaucoup de choses. De très grands ont fait de grandes choses avant nous et il faut s’en inspirer. Aujourd’hui nous disposons d‘outils magnifiques comme Youtube qui nourrissent beaucoup l’imaginaire et qu’il faut ensuite digérer et faire sien. C’est aussi le travail que l’on va faire avec le chef d’orchestre, le metteur en scène. Je ne travaille plus avec un chef de chant, je suis complètement autonome. C’est cette recherche d’autonomie que j’enseigne aussi.


Lisez-vous les critiques ? Y êtes-vous sensible ?

J’ai de la chance pour le moment je n’en ai pas trop de mauvaises (rires). J’ai de la chance d’avoir eu beaucoup de bienveillance de leur part. Les critiques sont des gens qui vous suivent, qui vont vous faire des remarques et qui finalement vont vous faire avancer. Ce sont des coaches gratuits (rires). J’aime parler avec eux, ils assistent à beaucoup de représentations et ils ont un avis assez aiguisé. Certains ont aussi de belles plumes…


La médiatisation est importante : réseaux sociaux, TV,… Elle vous fait peur ou vous l’apprivoisez ?

Non, je vis très bien avec. Je suis partout sur les réseaux sociaux : facebook, twitter, instagram et je réponds. C’est moi qui gère tout. J’espère que je le fais très naturellement et je réponds volontiers à tout le monde…sauf aux fans dépités de Anna Caterina Antonacci que j’ai remplacée dans Pénélope à Strasbourg, ce qui m’a valu de recevoir des mails d’insulte épouvantables. Cela m’a été très douloureux. J’ai été prévenue deux heures avant, sans être montée une fois sur scène et sans avoir fait une seule répétition – j’étais arrivée cinq jours auparavant et j’apprenais toute seule la mise en scène dans les studios de l’Opéra. Malheureusement il y a eu un reportage sur Arte et cela a été largement relayé dans la presse. Le lendemain j’ai reçu des mails d’insulte parce que j’avais osé remplacer Mme Antonacci et figurer dans le reportage télé. J’étais là uniquement pour l’aider au cas où et j’ai en plus pour cette artiste magnifique le plus profond respect.

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Ortrud à Saint-Etienne - Crédit Cyrille Cauvet

Quel regard portez-vous sur votre métier, sur ses contraintes ?

Les contraintes ce sont les trajets. Je connais très bien les gares, les hôtels, les opéras… Ne faisant que des premiers plans je n’ai jamais le temps de visiter. Je fais très attention pour être en forme et être à 100% tous les jours. L’éloignement familial est compliqué, mais c’est un choix. Ma fille a l’habitude, elle connaît cette vie. Mon mari est chef d’orchestre et ce n’est pas facile de ne pas avoir Papa et Maman tous les soirs à la maison. Tout est très bien organisé depuis longtemps et puis le téléphone, Skype, les grands-parents…nous aident beaucoup.


Quels sont les projets dont vous pouvez parler ?

En juillet je chante les Quatre derniers lieder de Strauss et la mort d’Isolde lors de la soirée de clôture du festival de Chambord. Puis je pars au festival Messiaen à La Grave pour les vingt ans de ce festival où je chanterai le cycle Harawi. Ce sera peut-être enregistré, mais sans certitude.
A la rentrée ce sera ma première Marguerite de La Damnation de Faust avec Angers-Nantes Opéra et l’orchestre national des Pays de la Loire dirigé par Pascal Rophé avec lequel j’ai eu une très belle collaboration l’an dernier pour Lohengrin. Je rêvais de chanter ce rôle. Faust sera Michael Spyres et Méphisto sera Laurent Alvaro.


Ce sera votre premier Berlioz ?

Non, le premier concert que j’ai fait en sortant de l’Opéra Studio était La Nonne sanglante, dont Berlioz n’a composé que quelques fragments, pour la soirée de clôture du Festival Radio France Montpellier. Bien sûr je rêve de Cassandre et Didon des Troyens. J’aimerais chanter les deux rôles le même soir. C’est mon esprit de challenge


Et après Marguerite ?

Je chanterai le Stabat Mater de Rossini et un concert Verdi pour les journées lyriques de Chartres organisées par Eve Ruggieri. Il y aura ensuite le Lohengrin de Covent Garden au printemps dirigé par Andriss Nelson. Je suis la cover de Christine Goerke qui chantera Ortrud. Je serai donc trois mois à Londres de mai et juillet. 
Arriveront ensuite Ariadne auf Naxos, un Dialogue des CarmélitesSigurd en version de concert, peut-être quelques Lohengrin en Allemagne. J’ai une nouvelle collaboration avec un agent allemand qui ne s’occupe que de chanteurs wagnériens.


Quand Catherine Hunold ne chante pas ou ne prépare pas un rôle, qu’aime t-elle faire ?

Je suis oléicultrice. J’ai une oliveraie en Italie. J’ai découvert cette culture il y a cinq ans. Je vis depuis neuf ans à Menton et mon mari et moi avons acquis en Italie une vieille propriété avec deux cents oliviers. Malgré nos emplois du temps de musiciens nous nous en occupons au mieux. On éprouve un grand plaisir à être en contact avec la nature et à se ressourcer. C’est une leçon d’humilité. Ce retour à la terre montre qu’on n’a pas tout le contrôle sur les choses, comme dans le chant.. Dans nos métiers où il faut paraître, quel bien de retourner à la terre !

Entretien réalisé par Gérard Ferrand à Saint-Étienne le 8 juin 2017

 

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Photos Compte Twitter Catherine Hunold

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