Julien Dran

 

Julien Dran, le mousquetaire du contre-ut !

 

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Petit-fils de Monique de Pondeau et d’André Dran, solistes de la troupe de l’Opéra de Paris dans les années 60, fils de Martine March, soprano et professeur de chant, et du célèbre ténor Thierry Dran, qui est aujourd’hui son agent, Julien Dran commence à aborder les rôles de premiers plans avec beaucoup de probité stylistique et de brio. De virtuosité aussi. Faisons plus ample connaissance avec ce ténor enfant de la balle qui réussit l’originale synthèse du biker et du mousquetaire et dont le franc parler, dans un milieu de plus en plus aseptisé, réjouit.

Né dans une famille de chanteurs lyriques, vous vous êtes dit que votre parcours était tout tracé, d’emblée ?

Julien Dran : Non, bien au contraire. Je n’avais jamais songé à devenir chanteur d’opéra, ça a démarré au milieu des années 2000, un peu par hasard. Certes, j’ai étudié la musique très jeune car ma mère est professeur de musique. J’ai donc appris à jouer du piano, ensuite du cor, instrument qui me plaisait beaucoup. Ça me prenait du temps. En outre, je pratiquais beaucoup de sports, de manière intensive, notamment la natation, j’ai même fait des compétitions, mais aussi le basket, le roller, de la moto. J’ai aussi songé à m’engager dans l’armée ! Et j’ai arrêté la musique. Pourtant, j’allais souvent voir ma mère quand elle chantait l’opérette et j’aimais l’ambiance des coulisses, rencontrer les artistes. Ensuite, j’ai écouté d’autres musiques, du métal, du hard rock, et je me suis destiné au commerce. J’ai suivi un BTS « action commerciale et communication », pendant un an, mais je sentais de plus en plus, chaque matin, que j’avais du mal à me lever. J’étais très malheureux lors de mes stages chez Honda ou chez Orange de voir à quel point le rapport à l’acheteur était faussé et malhonnête.

Qu’est-ce qui vous a remis sur le chemin de l’art lyrique ?

A la demande de ma mère, un ami de la famille, Lionel Sarrazin m’a auditionné (j’ai chanté Maria ! Maria ! de West Side Story). J’ai été pris en même temps que Stanislas de Barbeyrac et j’ai arrêté mon BTS. Nous sommes tous les deux rentrés dans sa classe au Conservatoire de Bordeaux. Ensuite, j’ai travaillé avec Pierre Catala, Malcolm Walker… et puis je suis rentré au CNIPAL pour la saison 2007-2008

Vous dressez quel bilan de ses années de formation ?

Je garde du CNIPAL quelques mauvais souvenirs comme la difficulté que j’ai eu à obtenir un ou deux jours pour aller assister aux funérailles de ma grand-mère ou lorsque le CNIPAL a répondu non à ma place à une proposition de Renée Auphan qui voulait me confier un petit rôle dans sa production de Manon…Il y régnait un climat d’adversité permanente, je n’ai jamais travaillé un rôle en entier. Mais nous avions aussi  des chefs de chant efficaces et j’ai pu suivre des master-class tout à fait intéressantes avec Yvonne Minton ou avec Mady Mesplé.

Vous avez passé des concours ?

Oui, quelques-uns, notamment celui de Béziers, le Gayarre présidé par Teresa Berganza que j’ai retrouvée à celui de Clermont-Ferrand.

Oui, c’était un concours pour élaborer la distribution d’un Cosi je crois…

Oui, absolument, un concours doublé d’une master-class. Un Cosi avec de jeunes solistes sous la houlette de Teresa Berganza, une femme charismatique qui a toujours le sourire et déborde d’énergie.  Elle a chanté Così environ deux-cent fois ! Bien sûr, elle inspire un respect total mais c’est surtout une personne très humaine et  qui nous a soutenus tout le temps, elle nous faisait rire pendant les moments de tension.

Quelles sont les autres grandes étapes de votre carrière ?

Outre ce Ferrando, il y a eu le rôle de Fenton dans un Falstaff mis en scène par Jean-Louis Grinda, à Metz, l’Almaviva de Rossini dans la très belle production de Frédéric Bélier-Garcia, un de mes plus beaux souvenirs, et l’Alfredo cet été au Festival de Saint-Céré.

Vous présentez quels airs en audition ?

Les airs des Pêcheurs de perles, de la Fille du Régiment, de Cosi et de l’Elixir, du Barbier aussi. Et le Fra Diavolo sur lequel j’ai rencontré ma compagne.

C’est étonnant mais on vous propose peu de Mozart.

Oui, en effet, et c’est bien dommage, j’adore chanter Mozart, c’est pour moi une évidence. J’ai interprété son Requiem et Tamino en Corse, au cours de l’été 2013, dans le cadre du festival de Corte. On me voit parfois comme un ténor rossinien mais je n’ai pas la vocalisation rapide.

Oui, je vous ai entendu à Avignon dans Lindoro (Italiana in Algeri) et ce n’est pas ce que vous avez fait de mieux…Mais vous êtes en train de diversifier votre répertoire vers le baroque notamment. 

Oui, je suis un couteau suisse, je chante le jeune Horace dans la recréation mondiale des Horaces et les Curiaces de Salieri sous la direction de Christophe Rousset à Versailles et à Vienne avec un enregistrement à la clé. J’ai même créé un opéra contemporain à Fribourg au début de cette année, Carlotta ou la Vaticane de Dominique Gesseney-Rappo. J’ai aussi enregistré avec Hervé Niquet les cantates pour le Prix de Rome de Gustave Charpentier. Je crois que je suis un ténor atypique. Je me réjouis en tout cas de chanter mon premier Gérald dans Lakmé à Tours et les Capuleti à Marseille. Je vais aborder aussi le rôle d’Antinoüs dans la Pénélope de Fauré à la Monnaie.

En dehors de votre famille, il y a des artistes qui vous inspirent ? des modèles ?

Chez les ténors, je citerai Luciano Pavarotti, Alfredo Kraus, bien sûr, mais aussi Nicolai Gedda ou Wunderlich dans Mozart. J’aime aussi beaucoup Tatiana Troyanos et Mirella Freni.

 

 

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