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En établissant ta chronologie, j’ai vu que tu avais fait déjà des rôles assez importants durant tes études à Vienne, comme le Comte dans Le Nozze, Guglielmo dans Cosi…
J’ai fait mon premier Comte pendant mes études à Vienne dans une production non professionnelle de l’université de Salzbourg. Mais il faut dire que parfois les productions des universités autrichiennes et surtout de Salzbourg, sont d’un niveau professionnel. Tout d’abord, le niveau de l’orchestre est remarquable, le chef est un professionnel et parfois aussi le metteur en scène. Il arrive qu’ils appellent des professionnels pour faire des rôles parce qu’il ne trouve pas d’étudiants. Par exemple j’ai fait le Don Giovanni à Salzbourg en 2006. C’était mon deuxième Don Giovanni car j’avais fait ma prise de rôle en Mongolie. Ils m’ont dit, « écoutez, on vous donne pas un gros cachet mais vous pouvez venir deux semaines à Salzbourg ». Pour moi c’était une occasion de refaire le rôle et de le faire avec un metteur en scène que je connaissais déjà parce que j’avais fais les Noces de Figaro avec lui. Pour Le Nozze à l'Université c’était un peu la même chose. J’avais fait Gulglielmo dans Cosí fan tutte à l’Université de Vienne. Il y avait le chef d’orchestre de Salzbourg qui était venu me voir et m’avait donc engagé pour Le Comte.
C’est pourquoi, il m’est difficile d’expliquer la nature de ces engagements car ce sont des engagements dans le cadre de l’université mais moi j’étais professionnel. Si j’écris la production de l’université, on va dire « ah voilà, il a fait ça comme étudiant ». Ce n’est pas tout à fait cela, j’étais engagé dans une production comme professionnel. J’ai bien mis Théâtre République dans mon CV. Il faut faire attention parce que si l’on met « il a chanté le Comte à Salzbourg », ça fait immédiatement Festival et ça je ne peux pas l’écrire…

Peut-être un jour…
Oui ça j’espère bien, c’est évident mais pour l’instant je ne peux pas me permettre de dire que j’ai chanté ça au Festival de Salzbourg.

Tu es né en Italie, à Gênes, comment se fait-il que tu parles si bien le français
Ah ! Je te remercie du compliment !
J’ai grandi avec deux langues complètement différentes à savoir l’italien et l’allemand qui est ma deuxième langue maternelle. Ma mère est allemande, j’ai fait l’école allemande, j’ai commencé mes études de théâtre en allemand lorsque j’avais 13 ans. Par la suite, j’ai fait mon premier rôle en allemand,... Donc j’ai grandi avec les deux langues.
Evidemment, j’ai fait de l’anglais car ça faisait partie du cursus scolaire. Concernant le français, je l’ai débuté à l’école, c’était horrible. Au bout de six mois, j’ai arrêté, c’était nul. J’avais également une tante qui habite à Paris qui, bien qu’allemande, me parlait toujours français.
Et puis, à l’université j’avais une pianiste française, Joëlle Bouffa. De même, au conservatoire, j’avais un pianiste français. Donc je me forçais un peu et leur demandais de me parler en français car c’était en quelque sorte, la quatrième langue qui me manquait. Ainsi, en parlant, en répétant, en ayant la chance d’avoir toujours quelqu’un qui me corrigeait, j’ai beaucoup progressé. Lorsque on a fait l’enregistrement du Jongleur de Notre-Dame ici, à Montpellier, mon ami du CNIPAL Marc Larcher, m’avait fait travailler et corriger chaque syllabe, car pour un enregistrement forcément, il faut que cela soit parfait ! Ça m’a beaucoup aidé. Quand je suis arrivé à Marseille au CNIPAL, je parlais un français « maccaroni ». Eux, m’ont dit que je n’avais même pas besoin de coach, que j’avais chanté en français sans accent. Mais moi je savais que ce n’était pas suffisant. Donc j’ai essayé de découvrir la langue.
Quand je suis dans un pays, j’essaie vraiment de parler la langue. Par exemple en ce moment, j’habite en Espagne, j’essaie de regarder la télé en espagnol…

 

 

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Ah ! Tu parles espagnol aussi ?
Pas très bien. Enfin c’est plus facile que le français, c’est beaucoup plus proche…

Tu as quand même un certain don pour les langues…
Oui mais je crois que c’est une question d’attitude et d’habitude. Habitude car moi j’ai grandi avec deux langues complètement différentes. L’allemand et l’italien sont deux langues qui n’ont rien à voir. Et d’attitude car ça m’intéresse. Quand j’étais en Grèce avec des amis, lors d’échanges scolaires, j’essayais toujours d’apprendre le grec. J’apprenais à lire en lisant tous les panneaux et en posant trois mille questions. Et puis, parce que ça m’intéresse d’essayer de parler la langue. Quand j’étais en Mongolie pendant cinq semaines, à la fin je pouvais dire « bonjour, au revoir, comment ça va ... ». Evidemment pas plus que ça, mais ça m’intéressait. Je trouve les langues très intéressantes…

Mais donc tu as passé ton enfance à Gênes…
Non je suis né à Gênes, j’y ai passé les trois premières années de ma vie parce que mon père travaillait là-bas. Puis il est parti travailler à Rome, ainsi que ma mère, donc j’ai grandi à Rome. Quand tu m’entends parler italien, tu entends tout de suite que je suis de Rome !
Même si Gênes est une ville à laquelle je suis très attaché… Je dis toujours « ma ville est Rome, ma terre est Gênes » parce que la mentalité de Gênes est complètement différente de celle de Rome. Elle est beaucoup plus droite, plus sérieuse, travailleuse. Et puis c’est un peu mon côté allemand évidemment ! J’essaie de prendre les aspects positifs de Rome.

Etait-on musicien dans ta famille ?
Non, mais alors vraiment personne ! Pas même les cousins, je suis le seul !

Alors comment as-tu découvert cet univers ?
J’ai eu beaucoup de chance. Tout d’abord car j’ai eu une mère qui m’a poussé mais de manière tolérable (rires) à faire du piano. Mon père est un grand amateur de musique, et particulièrement le répertoire allemand donc Bach, Mozart... J’ai toujours entendu la musique à la maison. Je me souviens que le dimanche matin à 10 heures, mon père écoutait Bach à fond ! Maintenant j’adore Bach. J’ai fait l’école dans le système scolaire allemand. La musique est une chose très importante. Il y a la culture des chœurs en Allemagne. Ce qui n’existe pas du tout en Italie. Pour moi, c’est ici où il y a les plus beaux chœurs du monde !
Donc à 7 ans je suis rentré dans les chœurs de l’école en même temps que j’ai commencé le piano. Et c’était très sympa, on s’amusait bien. Il y avait le foot d’un côté et le chœur de l’autre ! Et puis, j’ai commencé le théâtre très tôt. C’était vraiment une vocation. La scène et le théâtre ont toujours été une vocation.
Donc j’ai commencé très tôt avec des rôles assez importants. J’étais dans une école privée pour le théâtre car j’étudiais la comédie en même temps que mes études scolaires. Je n’avais pas le temps de faire ça à plein temps donc je faisais ça le soir. En revanche, si l’on me demande si j’ai une formation, je n’ai pas de diplôme en poche. J’ai un diplôme d’école privée mais ça ne veut rien dire. Pourtant toutes les techniques Stanislaswski et autres, je les ai faites. Quand j’avais 16 ans, pour moi c’était tout à fait clair. J’ai fait le Urfaust de Goethe, qui est la version raccourcie du grand Faust. C’était un travail professionnel et après cette production, j’ai compris que c’était ça que je voulais faire. Pendant des mois et des mois, on a travaillé la littérature et les textes. Je me souviens, avec mon ancien professeur et metteur en scène, avoir passé des nuits chez moi à travailler sur Goethe à trois heure du mat’, ce qui n’est pas évident quand on a quinze ans. Et là j’ai compris qu’il fallait que je fasse de la scène…je voulais ça !

Donc à ce moment là, il n’était toujours pas question de chant et d’opéra ?
Non, c’était clair, je savais que c’était le théâtre ! Je n’avais jamais pensé une seconde au chant. Vers 14 ans quand ma voix a mué, j’avais un prof de musique qui m’a dit de continuer à chanter car j’avais vraiment des difficultés. Ma voix partait dans tous les sens même quand je parlais (il imite un adolescent qui mue). Il m’a dit « faut que tu continues à chanter car si tu t’arrêtes maintenant, tu ne rechanteras peut être plus jamais, ce qui serait dommage ».
C’est année là, on faisait Cats à l’école, le musical..
J’ai continué et on a changé de prof de musique. Ce second prof entendait une voix intéressante et m’a dit « si par hasard il y a des choses à faire en soliste, je te les donnerai ». Je les ai faites mais c’était comme cela, ça faisait partie du cadre du chœur, je n’ai jamais pensé à faire cela comme études.
Parallèlement, j’ai commencé à travailler, j’ai fait deux films en Italie, un pour la télévision, l’autre pour le cinéma. On me donnait toujours des choses allemandes, l’allemand qui vient étudier…j’ai aussi fait un nazi à Rome dans un film historique.

Quels sont ces films ?
Ils sont difficiles à trouver maintenant. L’un s’appelle Amici d’Infanzia, c’est l’histoire de deux gamins à Rome pendant l’occupation allemande. Je faisais un officier allemand (rires). En Italie, pour les italiens, je suis le typique allemand. En Allemagne ou en Autriche, je suis le typique italien qui gesticule, qui parle beaucoup…

 

 

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Tu as alors commencé ta carrière dans le théâtre.
Je voulais partir pour aller en Allemagne.
Je me souviens de deux personnes surtout mon ami ex-prof d’allemand et mon premier metteur en scène, Reinhard Grätz, celui qui m’a donné l’amour pour la scène, pour le théâtre. Pour le concert de Noël où on avait chanté du Schütz dans l’église allemande protestante de Rome, il y avait deux-trois parties soliste. On m’avait pris ainsi que deux ou trois autres gamins de ma classe, il m’avait dit « écoute, j’ai entendu ta voix… tu n’as jamais pensé à chanter ?». On même temps, il y avait le chef de chœurs qui me disait « Marco, avec ta voix, il faut chanter, il faut faire de l’opéra,… » Tout le monde pense que l’Italie est le pays de l’opéra en fait pas du tout. Le fait que des lycéens assistent à une répétition, ça n’existe pas là-bas. Moi je trouve ça génial !

Tu vas voir ici à Montpellier, c’est un des publics le plus jeune et étudiant de France. Certains scolaires ont accès aux générales, il y a des places à 3,75 euros pour les moins de 27 ans…
L’autre jour, il y avait des jeunes dans la salle pour la répétition, je m’amusais avec eux.
A Vienne c’est pareil ! Et puis, il y a l’enseignement, la culture, si tu ne montres pas…
Moi, quand j’étais à l’école, je ne connaissais rien. Si tu m’avais demandé le titre d’une œuvre de Verdi je n’aurais pas pu répondre. Aucune idée de l’époque… et puis à côté de ça le chef de chœurs qui dit « il faut que tu chantes, il faut que tu chantes ! » (rires)
Mon metteur en scène essayait doucement de me convaincre et de me faire réfléchir…
Il m’a dit une chose « des comédiens…de très bons comédiens, il y en a des centaines de milliers, des bons chanteurs, il y en a des milliers…des bon chanteurs qui savent faire la comédie aussi, il y en a des centaines… ». J’ai répondu « et alors ? ». Il m’a dit « penses-y… ».
Alors j’ai réfléchi…
A ce moment là mon père se trouvait à Vienne, pour une mission de quatre ans à l’agence atomique car il est ingénieur nucléaire et a travaillé pour l’ONU.
En parlant avec lui, extasié à l’idée que je chante, il me dit « il faut que tu fasses l’entrée au conservatoire !! ». « Laisse tomber, car je sais comment les gens se préparent pour rentrer au conservatoire à Vienne, LA capitale de la musique. Ils prennent une dizaine d’élèves par an sur des centaines de candidats. Laisse tomber c’est pas la peine car je n’ai aucune formation de chanteur ! »

Mais tu connaissais le solfège et tu avais fait déjà pas mal de musique…
Oui avec le piano et le chœur mais comme soliste, tu ne peux pas arriver et chanter comme ça (il chante avec une voix engorgée). Et finalement j’ai vu que le délai d’inscription était dépassé. C’était en septembre.
Entre temps, j’avais commencé des études de théâtre à Munich depuis un an. Je voulais voir si mon rêve de jeunesse n’allait pas disparaître. Et au contraire, moins je faisais du théâtre, plus j’avais envie d’en faire.
Je voulais donc retourner à Rome pour travailler la comédie et mon père m’a dit « Non, non non ».
Un matin, en allant à pieds à son bureau, il passe devant le conservatoire, entre et demande la secrétaire du directeur. On le reçoit par je ne sais quel miracle et il dit « voilà mon fils a raté la date d’inscription… ». Et eux, au lieu de dire « à l’année prochaine » comme ils le font à chaque fois, ils acceptent une audition. Mon père n’avait évidemment pas dit qu’il travaillait pour l’ONU, cela servait à rien. A Vienne, tu peux dire que tu es le fils de Pavarotti il s’en foutent ! Ça c’est donc la seconde chose incroyable.
Trois jours après, les concours étaient terminés. Les concours à Vienne commencent par la théorie, le solfège, la culture musicale etc… et seulement si tu réussi cela, tu as le droit de chanter. Je ne savais pas ça. Alors que j’étais à Rome, le conservatoire appelle mon père le jeudi et dit « les professeurs ont décider d’organiser une audition spéciale pour votre fils » Mon père m’appelle « ah il faut que tu viennes lundi !! ». J’ai répondu que je ne pouvais pas, qu’il n’y avait pas de vol que je ne serait là que mercredi. Je ne me rendais pas compte j’avais 19/20 ans ! Finalement j’arrive à Vienne mercredi en ayant rien à perdre avec un Lied de Schubert que j’avais chanté dans le cadre d’un petit concert à Rome que je n’avais plus chanter depuis, un air du Magnificat de Bach et Stranger in the night !!
J’arrive au conservatoire, sans chauffer la voix puisque je ne savais pas ce que c’était. Il y avait Sebastian Vittucci, le responsable des classes de chant et 4 ou 5 autres professeurs. Ils rigolaient et me disaient « venez, venez ! Alors c’est bien vous l’italien ? ». « Si c’est l’italien que vous attendez alors oui. »
J’ai commencé avec Schubert. Si j’y repense aujourd’hui…aie aie c’était nul ! Puis j’ai chanté Bach et Stranger in the night.
Ensuite, ils m’ont fait attendre dehors. Au bout de cinq minutes la porte s’ouvre…
Sebastian Vittucci me regarde dans les yeux et me dit « alors écoutez, votre audition n’était pas bonne du tout, on entend que vous n’avez jamais pris de cours…mais quand même avez une voix et on vous prends! »
Moi je n’avais pas compris, tellement c’était clair dans ma tête que je n’étais pas pris. Imagine quelqu’un qui n’avait jamais pris de cours ! Ce devait être un peu comme Foster Jenkins ! En rentrant chez moi, je me suis rendu compte. Je suis donc retourné au conservatoire et j’ai demandé à voir la liste des admis aux concours d’entrée. J’ai calculé, il y avait un panneau pour le chant avec 400 noms. Ils en ont pris 13 !

 

 

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Mais alors quand même, il y avait quelque chose dans ta voix…
Evidemment, ils ont été impressionnés par quelque chose.
Mais quand j’ai entendu le niveau de certains chanteurs pendant l’année, j’ai compris. Il y avait des gens excellents, d’autres vraiment moins bons. Je n’ai jamais su pourquoi ils ont fait une exception si grande pour moi. Refaire une audition privée ! Insensé ! Même pour le président de la république, ils ne l’auraient fait ! Après quelques années, j’ai demandé à la secrétaire … et ma première professeur m’a dit « on nous avait raconté qu’il y avait un italien qui venait chez nous ». Pour eux, c’était incroyable. Après plusieurs années, je me suis rendu compte que durant toutes mes études, j’étais le seul étudiant italien en chant dans toute l’Autriche !!
J’ai eu de la chance d’avoir des profs qui m’ont soutenu.
Walter Moore, mon prof de Lieder et Oratorio à l’université, nous faisait faire trois concerts par semestre, les autres classes en faisaient un par an. Il estimait que pour les Lieder il fallait beaucoup chanter, chanter et apprendre.
Et puis, comme pour le théâtre, j’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes. Ce qu’était Reinhard pour le théâtre fut Constantin Zaharia pour le chant.
Ma première prof à Vienne a presque détruit le peu que je savais faire. Donc je me suis dit que ce n’était pas la peine, qu’il fallait que je change.
Et j’ai rencontré Constantin Zaharia, ténor roumain, professeur de chant privé. C’est un ami qui me l’a présenté. On a tout de suite accroché, on s’est tutoyé d’entrée. J’ai fait un cours de trente minutes et il m’a dit : « si tu restes chez moi, je fais de toi un chanteur professionnel de bon niveau. Tu as la voix, tu as tout sauf qu’il te manque toute la technique, là tu n’as rien. » Et là, je me suis forcé à y croire.
Grâce à lui, j’ai découvert la passion du chant.
La passion est soit donnée par les circonstances, en ce qui me concerne, c’est les avions. Soit elle vient de toi, là c’est le théâtre. Mais parfois, tu en as une mais tu l’ignores. Et tu peux « scoprire una passione » : tu commences à faire quelque chose et tu as une révélation. Avec le chant, je me suis dit c’est génial car c’est du théâtre avec de la musique ! C’est super cool ! Comme j’adorais déjà la comédie, j’ai vu qu’on restait dans le cadre de la scène mais qu’on y ajoutait la musique.
Au fur et à mesure, j’ai beaucoup appris la technique et énormément progressé.
Grâce aux circonstances, en 2000, donc trois ans après avoir débuté le chant, j’ai eu la chance d’auditionner pour le Neue Oper Wien car la femme de Constantin travaillait comme assistante du chef à la Neue Oper Wien. Je m’en souviens encore c’était le 13 décembre 1999. Constantin m’avait dit qu’il fallait même accepté une proposition pour le chœur. Car souvent si tu chantes en chœur tu es catalogué comme chanteur de chœur, mais pas ici.
A la fin de l’audition, lorsque le metteur en scène m’a proposé de faire également le chœur, j’ai dit « OUI » (rires).
J’ai donc commencé par Candide. Je faisais la Comtesse, la Baronne, King Herman Augustus, Aide et également les chœurs. Grâce à cela, ils m’ont tout de suite donné le rôle de Sid dans Albert Herring de Britten. C’est que je considère comme mon vrai début en tant que soliste. Depuis ce temps j’adore Britten et je rêve de chanter un jourBilly Budd !

Tu as ensuite fait beaucoup de créations, de choses très peu connues comme du Boesman, du Schwertsik…
Le Neue Oper Wien est d’ailleurs maintenant spécialisé sur le XXème siècle.
En 2008 par exemple, j’ai un contrat avec eux pour un opéra d’une compositrice serbe et dont le mari a fait le livret. C’est une création mondiale. Je connais très bien le metteur en scène avec qui j’avais fait Moskow Moskow de Chostakovitch. C’est une œuvre incroyable, une musique extraordinaire. Je jouais Boris dans le style un macho avec lunettes de soleil etc…La chorégraphie était à mourir de rire.

Le Neue Oper Wien a l’air de faire beaucoup de créations mondiales… .
Sur les trois ou quatre productions par an, il font au moins deux créations mondiales. Donc c’est intéressant car pour Katzelmacher, il y avait le compositeur K. Schwertsik qui était présent et nous reprenait.

En parlant de création. Tu as chanté récemment dans Ariane de Massenet à Saint-Etienne. Cette œuvre n’avait pas revu le jour en France depuis un bon moment… .
Même si je n’avais pas un grand rôle, ce fût très intéressant pour moi. Le fait de faire des seconds rôles te permet de profiter de ton temps libre pour observer certaines choses… Ma deuxième prof Heidi Raymond, à Genève, a toujours essayé de m’apprendre l’ouverture du dos, ce que Luca Lombardo fait extraordinairement bien. Lors d’Ariane à Saint-Etienne, j’étais derrière lui sur scène et je l’observais. J’aime beaucoup sa façon d’être dans le théâtre. Toujours de bonne humeur même quand il y a quelques soucis, il est très humble. Pour moi il fait partie des vrais grands professionnels qui n’ont pas besoin de se montrer, qui sont gentils et qui ont une superbe technique. On apprend beaucoup en voyant ces gens là. Il avait un costume moulant et j’observais vraiment son dos.
Il était malade pour la générale et pour la première. Pourtant ce qu’il a fait était extraordinaire ! Un autre chanteur aurait annulé. Quand Alagna est venu nous voir au CNIPAL, il nous a dit « dès qu’un chanteur ne peut pas chanter, il faut tout de suite annuler ! ». (rires) Je me suis dit, « toi tu es Roberto Alagna, tu t’en fous. Moi si j’annule on me dit au revoir et on prend le prochain ! ». Quand tu es vraiment malade, comme Luca l’était, tu le fais annoncer. Lui ne s’est même pas fait annoncer et a fait son boulot de manière super professionnelle.
Ce qui est vrai en revanche, c’est de ne jamais faire une audition quant tu es malade même si tu as dépensé 300 euros pour le vol, parce que l’audition, c’est ton unique chance pour montrer ce que tu vaux.

 

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Alors, justement, as-tu d’autres modèles ? Quelles sont tes références ?
Ça a changé au cours du temps. Quand j’ai commencé, concernant le répertoire des Lieder, c’était Dietrich Fischer-Dieskau. Surtout parce que c’est quelqu’un dont tu comprends chaque mot. Et puis, il chantait avec de grands pianistes. Ses enregistrements sont également des références pour les tempi etc… Mes professeurs m’ont toujours dit « on te montre comment faire telle chose, telle note, mais à la fin c’est ton interprétation qui est importante». C’est primordial. Je crois qu’en tant qu’artiste, c’est à dire chanteur, comédien, sculpteur, danseur, peintre… c’est très important d’avoir une opinion fondée et argumentée. Ce que je déteste c’est les artistes qui vont sur scène et font quelque chose parce que c’est écrit comme cela. Je me souviens des Contes d’Hoffmann en allemand où je ne comprenais pas une phrase du Docteur Miracle. J’ai regardé la traduction française mais qui donnait un sens complètement différent. J’ai alors demandé au metteur en scène comment il comprenait cette phrase. Il m’a répondu qu’on s’en foutait, qu’à cet endroit je chantais avec les autres. Je pense que quelqu’un comment ça n’a rien à faire dans ce métier !

C’est original de faire les contes en allemand ! On peut donc dire qu’à Saint-Etienne en 2010 ce sera une nouvelle prise de rôle !
Oui et c’est un grand honneur que m’a fait Jean-Louis Pichon en m’offrant ce rôle.

Pour revenir aux modèles…
Je ne suis pas trop fan de ceux qui sont considérés comme les grandes stars du passé. Pas parce qu’ils ne chantent pas bien mais plutôt parce que si je chantais à notre époque comme ils le faisaient, on me dirait merci et au revoir !
Nucci, par exemple, c’est super parce que c’est un comédien avant tout.

Et puis, c’est quelqu’un de très abordable et sympa…
Les vrais grands chanteurs sont des gens supers sympas puisqu’ils n’ont pas besoin de se montrer en plus. Leo Nucci, Ruggero Raimondi, Renato Bruson… ce sont de grands chanteurs. Mais aujourd’hui le goût est très subjectif. Si je chante l’air de Don Profondo comme Raimondi le fait, en Autriche on dit « mais qu’est ce qu’il veut cet italien !
Je l’ai chanté de cette manière quand j’ai auditionné pour la grande production du Voyage à Reims qui aura lieu à partir de l’année prochaine dans beaucoup de théâtres français (Marseille, Toulouse, Nice, Montpellier), et on m’a engagé. Mais parce que j’ai donné mon interprétation justement ! Dans l’enregistrement, on entend que Raimondi fait n’importe quoi parce que ça a été composé pour ça !
Nucci EST Rigoletto. Je l’ai rencontré, il est super sympa. On a un peu discuté, je lui ai demandé s’il donnait des cours il m’a répondu qu’il n’avait pas le temps.
Carlos Alvarez aussi est très sympa et c’est un grand chanteur.
Et puis chez les jeunes chanteurs il y a aussi la basse d’Arcangelo.

Concernant les metteurs en scène. Y a-t-il des personnes avec qui tu aimerais travailler ?
C’est difficile de répondre. Je trouve dommage que l’on soit catalogué et donc encadré soit comme chanteur, soit comme acteur. Ce que j’aimerais faire c’est chanter aujourd’hui Orphée aux enfers à Montpellier et demain jouer Faust (de Goethe) en Italie ou en Allemagne. Evidemment, je ne possède pas suffisamment les subtilités de la langue française pour être comédien en France. C’est suffisant pour l’opérette mais pour le théâtre il faut un travail linguistique de longue haleine. J’aimerais aussi beaucoup refaire du cinéma. Pourquoi ne pourrait-on pas faire les deux ? Tu peux travailler avec des metteurs en scène pas très connus qui ont des idées extraordinaires et qui ont la faculté de te laisser s’exprimer en tant qu’artiste.
Un bon metteur en scène à mon avis, c’est quelqu’un qui a son idée, qui t’explique bien pourquoi il donne ce sens, cette interprétation mais qui te laisse quand même une part d’improvisation.
Le théâtre c’est vraiment très important. Tu vois aujourd’hui un opéra, on l’appelle un « Opéra Théâtre ». La scène c’est la scène. Que tu y danses, que tu y chantes, que tu y joues la comédie, la scène c’est toujours la scène. On est tous collègue. C’est pour ça que des fois ça m’énerve les danseurs qui n’en ont rien à faire des chanteurs, même les comédiens…soit tu es comédien soit tu es chanteur. Pourquoi ? Ça ne rime à rien. On fait pratiquement tous le même travail ! Je m’exprime d’une façon différente parce qu’il y a le chant mais qu’est-ce que c’est que l’opérette ? Dès que la musique s’arrête, je suis un comédien, rien d’autre ! Et plein de fois, il n’y a que des comédiens dans les opérettes parce qu’il y a des rôles où il ne faut pratiquement pas chanter voire pas du tout ! J’ai vraiment du mal avec cette catégorisation très sévère. Avec Patrice Kahlhoven, le comédien dans Ariane à Saint-Etienne, on était du même avis. C’était l’exemple parfait du comédien dans un spectacle totalement operistica. C’est évident que dès que je suis sur scène, je suis en premier comédien.
Quand je suis sur scène je suis Jupiter, mais dès que la répétition est finie, je redeviens Marco. Heureusement car tu verras ce personnage colérique que je fais de Jupiter (il joue le personnage)…si les gens me voyaient comme ça dans la vie, ils me diraient va vite te calmer !
Peut être qu’il y a des parallèles entre la folie de Jupiter et la mienne mais c’est autre chose….
Quand je faisais Faust, je n’arrivais pas à dormir, je faisais des dépressions, mais c’est le rôle. Je dois comprendre le personnage, d’où est-ce qu’il vient ? Qu’est ce qu’il fait maintenant ? Et ou est ce qu’il veut aller ? Quelle est l’histoire du personnage. Pour moi c’est impossible de rentrer sur scène sans savoir ce que tu fais là.
Et si on fait une chose moderne, pourquoi pas si l’idée est bonne…

 

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Qu’est ce que t’as apporté le CNIPAL où tu as été pensionnaire pendant la saison 2006-2007 ?
Il m’a beaucoup apporté. C’était la chose juste au moment juste. En 2005-2006, je terminais mes études au conservatoire, je faisais beaucoup de tournées. Et pour la saison 2006-2007, je n’avais pas grand-chose pour la première fois depuis 6 ans, ça arrive parfois….
Et vraiment par hasard, en juin j’ai auditionné à l’Opéra de Bordeaux pour avoir un avis d’un Français. En sortant du théâtre je vois l’affiche du concours de Marmande pour août 2006 et en voyant la liste des directeurs de théâtre qui étaient invités, je me suis décidé.
Dans le Jury du concours, il y avait Gérard Founau, le directeur du CNIPAL, qui est venu avant la finale me parler du CNIPAL que je ne connaissais pas. Evidemment le soir même, je suis allé sur le site et j’ai vu que cela pouvait être intéressant, les directeurs de théâtre y prêtent notamment attention. Il a adoré la finale et m’a donc dit qu’il y avait une place pour moi si j’étais d’accord. Et j’ai gagné un an au CNIPAL. J’ai dû me décider très vite puisque la rentrée était en septembre. Et ironie du sort, un peu comme pour le conservatoire de Vienne, j’ai été chanceux car d’habitude pour le CNIPAL, il faut auditionner, etc….
Si je suis aujourd’hui ici, à Montpellier, à Saint-Etienne c’est grâce au CNIPAL.
Mai j’ai posé comme condition à Gérard Founau, d’avoir la possibilité d’aller deux fois par mois à Vienne travailler avec mon prof.
En même temps, j’ai beaucoup auditionné, ce que je voulais trouver c’était un agent. Finalement, j’ai eu une proposition de Musica Glotz avec Daniel Lombard.

Pour parler de tes projets, il y a le Voyage à Reims, Les Contes d’Hoffmann à Saint-Etienne, La Création en Autriche, Tosca à Toulon en mars…
Oui et c’est la possibilité pour moi d’entendre et de découvrir Scarpia que j’espère chanter un jour, pas dans les prochaines années mais un jour.

Et concernant, le théâtre, le cinéma, tu as des projets ?
Non, le problème c’est le temps. Si tu es engagé dans une production de cinéma, tu en as pour trois mois. Tu ne peux plus faire de concert pendant ce temps. Le chant, ça se pratique, la voix change, il faut la travailler chaque jour tandis qu’au théâtre si t’es un bon comédien, tu le restes.

Quels sont les rôles dont tu rêves ?
Tout ce que je voulais chanter je l’ai fait, mais je voudrais le faire maintenant dans de grands théâtres. Don Giovanni, le Comte, Papageno.

Du Mozart, donc !
Du Mozart oui, pour ma voix.
Après ça va évoluer. Ça me plairait beaucoup de chanter un jour Wagner mais pas avant 15 ans. Pour Verdi c’est pareil, il faut attendre. Il faut une certaine maturité de la voix.

Et Figaro du Barbier que tu as déjà fait, ça doit bien t’aller aussi.
Oui mais c’est clair que vocalement, le Comte ça me convient mieux. Et puis je me sens plus proche de l’élégance du Comte que de la drôlerie de Figaro. J’ai fait Leporello aussi, mais aujourd’hui, du moins en Allemagne et en Autriche, ce ne sont que des basses qui sont engagés pour Leporello.

Et en dehors de l’opéra, quelles sont tes passions ? Il y a l’aviation donc.
Oui, c’est une passion folle ! Dès qu’il y a un aéroport, j’y vais, je suis tout fou !
J’ai déjà passé des journées au bord de la piste à Rome, à faire des photos, à écouter la radio, à faire du simulateur sur internet.

Et le sport ?
Je m’intéressais au foot avant le scandale italien. Je joue un peu au tennis également. Et puis j’essaie de me tenir en forme.

Quel est la plus grande difficulté pour un jeune artiste comme toi qui débute ?
C’est de se faire considérer. Si je fais une audition, je veux savoir pourquoi on ne m’engage pas. Qu’on me dise POURQUOI. Dès que tu fais une audition on te dit merci ! « Attends ! Dis-moi ce que tu penses quand même ! » .
C’est dommage, c’est pourquoi en tant que jeune chanteur c’est très important d’avoir une agence. Et une agence qui croit en toi et s’engage. C’est difficile de convaincre les professionnels de s’engager pour toi. Jean-Louis Pichon fait cela très bien. Il vient au CNIPAL, écoute, et ceux qui lui plaisent, il les engage. Il ne dit pas « c’était très bien, j’ai adoré » et puis basta. René Koering, c’est pareil.

A ton avis, dans quel sens doit-on aller pour sensibiliser les jeunes à l’opéra ? Faut-il des mises en scène plus contemporaines ?
Non, je ne crois pas. Faut leur montrer ce qu’est la musique et l’enseigner !
Les jeunes regardent la Star Ac’ car c’est ça qu’il y a à la télé. Si tu fais la même chose pour l’opéra à 18h, les gens regarderont ça. Aujourd’hui c’est une question de médiatisation.

Oui d’autant plus, que souvent, ce qu’on montre à la télé, ce n’est pas toujours des choses faciles… du Wagner, ou bien des mises en scène peu convaincantes…
Ce n’est pas facile car les gens ne connaissent pas. C’est comme si je t’explique quelque chose en mathématiques. Ce ne sont pas les mathématiques qui sont difficiles à comprendre. C’est une question d’éducation.
Mais l’autre jour, il y avait des élèves au théâtre pour la répétition. On nous demande si ça nous dérange. Au contraire, ça me fait plaisir, ils voient comment nous travaillons. On a commencé à faire des conneries et rigoler avec eux.
Sur 100 jeunes, il y en aura 80 qui n’aimeront pas mais 20 qui aimeront. Et au moins, les 80 auront vu et découvert.
En Italie, les gens n’y vont pas car c’est trop cher, personne ne les invite, on y voit toujours des élus et on n’y comprend rien !
Mais si tu prends quelqu’un qui n’y connaît rien, que tu le mets dans un Wagner, et que tu lui expliques l’histoire, de quoi il s’agit… si il n’a pas aimé, alors pourquoi il n’a pas aimé ? C’est son droit.
Les Noces de Figaro ce n’est que du sexe du début jusqu’à la fin. Le comte veut coucher avec Suzanne, il y a les autres qui ont couché ensemble…Don Giovanni et Cosi Fan Tutte, c’est pareil. Tout à coup tu vas voir que le jeune va s’intéresser… (rires)
C’est une façon de présenter les choses… L’opéra est pour tout le monde !
L’histoire de Die Zauberflöte est très compliquée. C’était composé pour les gens de la rue. A l’opéra, c’était le bordel, ce qu’on voit très bien dans le film Amadeus. Il y a une scène où le Papageno donne de l’argent à Mozart et lui dit « c’est ça ton public, c’est pas le Kaiser, c’est le peuple, il faut que tu composes pour le peuple ! ».
Aujourd’hui ce sont les médias qui font tout. Qu’est ce qu’une star ? Si tu montres n’importe quel chanteur partout, tout le monde va le connaître.

 

Photographie © DR

 

Tu n’as pas encore de maison de disque ?
Non, j’ai fait l’enregistrement avec Alagna du Jongleur de Notre-Dame pour Deutsche Grammophon.
Le problème aujourd’hui c’est que tout est enregistré 3000 fois. Pourquoi on prend ce chanteur et pas un autre ? Il y a de super chanteurs méconnus qui ne font pas de disque. Le disque c’est quelque chose de particulier.

Quelle place accordes-tu à la critique ?
C’est important mais il faut que ce soit une critique fondée. Si quelqu’un me dit qu’il n’a pas aimé, je veux savoir pourquoi. C’est intéressant d’avoir un commentaire et de voir ce que les gens entendent. Qu’ont-ils retenu de moi.

 

 

 

Photographie © DR

 

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