Entretien avec Frédérico Alagna, dit Fra DELRICO

 

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 Un artiste singulier, une œuvre plurielle.

On vous a d’abord connu musicien en trio avec vos deux frères puis décorateur/metteur en scène puis en solo en qualité de plasticien. Revenons un peu sur ce parcours à l’opéra.

Merci Jérôme pour votre invitation sur ODB. Oui j’ai été co-arrangeur, co-compositeur, co-metteur en scène et co-décorateurs avec David, idem pour la sculpture. Nous avons fait ainsi beaucoup de choses ensemble depuis notre adolescence comme il l’a dit dans votre entretien pour ODB il y a quelques années. Nous n’avons qu’un an et un jour de différence, je suis né le 3 et lui le 4 octobre, nous avons longtemps été comme des faux jumeaux. À partir de 1997 nous avons enregistré notre premier CD SERENADES avec Roberto pour EMI classics et ce fût une surprise inattendue, car au départ nous jouions David et moi pour accompagner Yago Falck qui est un ami de la famille mais surtout un ténor incroyable mais qui en bon gitan ne chante que quand il a envie ! (rires). Ce n’est qu’après nous avoir entendus accompagnant Yago avec les nouveaux arrangements napolitains que nous avions fait, que Roberto a décidé de nous amener avec lui lors d’un meeting à Dublin, pour sa présentation lors de la sortie de son 1er album solo devant tous les artistes (pop et classique confondus) de la maison de disque EMI de l’époque (en 1995 ou 96). Quand nous avons commencé à jouer nous avons eu un succès immédiat avec nos guitares et la voix toute jeune de Roberto et ils nous ont demandé 3 ou 4 chansons en plus, je ne sais plus exactement. Angela était présente et filmait avec un caméscope - quand on regarde la vidéo on voit qu’elle tremblait comme une feuille tellement elle avait le trac pour nous (rires) - A la fin de ce mini concert, la maison de disque nous a demandé d’enregistrer un album complet, et c’est comme ça que David et moi avons arrangé l’album complet et travaillé la guitare plus sérieusement. Je me rappelle que Brian May guitariste du groupe Queen était venu nous féliciter, c’est quand même super encourageant quand on a 19 et 20 ans. Roberto avait fait sauter le champagne dans toute la chambre d’hôtel tellement on était comme des fous avec l’arrivée de ce projet ensemble, c’était encore inimaginable seulement quelques mois auparavant.

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1995 Auditorium de l’Opéra Bastille
Frédérico Alagna, Yago Falck ténor et David Alagna, concert caritatif contre le sida.

 xaPuis en 1999 changement de registre (nous sommes David et moi des habitués de cet exercice de grands écarts) nous avons débuté notre carrière de décorateurs et metteurs en scène pour l’art lyrique, avec Roberto naturellement mais aussi beaucoup d’autres artistes de renoms : « L’AMICO FRITZ » à Monte-Carlo dont on avait aussi fait l’affiche, « I PAGLIACCI » (Santander, Bilbao, Teatro Filarmonico de Vérone), le « CYRANO DE BERGERAC » à Montpellier et le « WERTHER » de Turin qui sont tous sortis en DVD. Nous n’avons jamais eu l’ambition de faire une carrière de metteur en scène ou décorateur. L’unique Opéra dont nous avions assuré les décors et costumes fût « LE BARBIER DE SEVILLE » de Rossini à Giessen en Allemagne mais ce fût l’unique fois sans Roberto ni captation vidéo : Notre désir était avant tout de nous retrouver plus souvent en famille et notre ambition et plaisir était de monter des spectacles où l’on pouvait voir Roberto se donner à son maximum. Mais à partir de WERTHER déjà je commençais à me détourner du monde du théâtre parce que je voulais m’occuper davantage de la peinture et de la sculpture qui étaient la préoccupation première de mes pensées. Ainsi pour ORPHEE c’est David qui a travaillé en solo et avec brio. Je trouve que c’est vraiment une réussite magistrale de sa part – ouvrage intelligemment et radicalement revisité – mon absence sur ce projet ne s’est pas faite sentir, et je dirais même qu’il était enfin entièrement libéré de nos virulentes séances de travail, car ce n’est pas toujours qu’une partie de plaisir de se retrouver entre frères à batailler pour nos idées !! (rires). Entre temps il y a eu d’autres projets pour Roberto et moi dans lesquelles David était absents ou présent de loin comme les albums « SICILIEN », « MA VIE EST UN OPERA » puis « MALENA » le dernier en date. Puis on ne travaille pas qu’entre frères, pour la musique on peut compter sur Yvan Cassar qui ajoute par sa présence et son talent et beaucoup d’autres artistes, c’est difficile d’en nommer qu’un dans un entretien car on à le sentiment d’oublier les autres, mais ce n’est pas le cas dans la réalité. J’ai collaboré sur des projets variés, pour les albums « ISHUMAR » de Toumast (world music touarègue) ou « BOTH WAY OPEN JAWS »  de The Do (pop music) qui sont des amis d’enfance.

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Frédérico, musical supervisor pour THE DO, “BWOJ” avec Dan & Olivia, 2010

 

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Conseiller vocal et musical, auteur compositeur pour l’album « MALENA » 2016

 

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« LE DERNIER JOUR D’UN CONDAMNE » Salle Pleyel 2012

 

Quelle est la production qui vous a le plus marqué ?

Difficile à dire, mis à part le « DERNIER JOUR D’UN CONDAMNE » qui est notre œuvre donc qui a une place à part dans nos cœurs, chaque projet est une aventure que nous avons souhaitée avec passion, mais nous étions ravis de sortir du placard le « CYRANO DE BERGERAC » d’Alfano. Ce compositeur ne méritait pas l’affront de Toscanini lors de la création de « TURANDOT ». A la mort de Puccini, Alfano sous les insistantes demandes de l’Editeur Ricordi, avait fini par accepter à reculons, de terminer l’opéra resté inachevé. Au soir de la première, Toscanini a posé la baguette à la mesure où Puccini s’était éteint sans diriger la partie travaillée par Alfano. Quel geste minable et irrespectueux envers un collègue moins bien placé que lui, sous couvert d’un geste noble en hommage à Puccini : ça sent le coup bas réfléchi et prémédité pour faire un « buzz », c’est moche ! J’imagine Toscanini aux répétitions d’orchestre pendant des semaines avant le spectacle, répétant l’opéra complet avec ce final de fortune en présence d’Alfano et faire semblant que tout va bien, tout en préparant son coup dans le dos… Comment pouvait-il laisser travailler ce pauvre Alfano sur une tâche aussi ingrate que de finir l’opéra de son ainé, tout en sachant qu’il lui planterait de toute façon une baguette dans le dos le soir de la première? Bref les actes montrent la mentalité d’un bonhomme.

Revenons à « CYRANO DE BERGERAC » : J’ai toujours adoré la pièce de Rostand et la captation télévisée de Daniel Sorano et d’autres versions pour le théâtre. Nous étions un peu frustrés de ne pas retrouver tout le texte dans l’opéra et c’est Roberto qui nous a convaincus de nous pencher davantage sur cette opéra. Finalement on s’est permis David et moi d’intervenir ça et là dans le livret et la partition, retrouver quelques accents et « panache littéraire à la française» par petites touches quasi imperceptibles pour le public puisque cet ouvrage lui était inconnu. Un travail sur la virgule je dirais ! Enfin, l’ouvrage a été exhumé avec également le duo du balcon qui était resté totalement inédit et il en existe maintenant une édition « version Alagna » chez Ricordi, c’est une belle reconnaissance pour notre travail. Ce sont des choses comme ça, qui vous tiennent et vous motivent et vous font oublier les tracas qui arrivent en chemin. Je n’ose même pas entrer dans les détails que les grèves des intermittents faisaient peser sur ce projet qui tient du miracle, on travaillait tous les jours en pensant que le lendemain il tomberait à l’eau… je peux vous dire que la pression est très particulière dans ces cas là, et que la force d’une famille soudée compte pour soutenir les collègues et les producteurs et toute la maison, des directeurs aux caméramans qui venaient d’Italie exprès pour nous et qui nous ont accompagnés sur tous les projets comme de vrais amis. Tout ce monde fini par former une famille qui dépasse les liens de sang. Les liens de l’art sont des liens très puissants.

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Comment est né « LE DERNIER JOUR D’UN CONDAMNE » ?

David et Roberto ont déjà raconté ça non ? (rires) Bien, le projet du Condamné démarre comme une blague entre frères, à une époque où Roberto s’ennuyait à mort à l’étranger, seul comme un condamné qu’il m’avait dit au téléphone et comme une boutade je lui ai envoyé ce roman de Hugo que sa fille Ornella avait laissé trainer à la maison (elle l’avait étudié à l’école) et c’est à la lecture du livre que Roberto enthousiaste à lancé l’idée d’en faire un opéra. On a commencé par un travail de transcription littérale de Victor Hugo pour en faire un livret très fidèle au texte original, sans ajouter de mots qui ne soit d’Hugo. Au départ, comme à notre habitude à cette époque, il était prévu qu’on en compose la mise en musique à quatre mains, David et moi puis finalement David a commencé à écrire l’intermezzo et il a pris les choses en main seul tandis qu’il voyageait beaucoup, moi j’étais de plus en plus « sédentaire » à l’atelier, concentré sur les arts plastiques. En cours de route, David a eu l’idée d’ajouter le personnage de la condamnée qui a donné une impulsion toute neuve à notre opéra. Cet opéra commence à avoir une belle carrière, nous sommes chanceux d’être défendus par le Roberto chanteur-acteur bien entendu. La plupart des opéras contemporains, hélas, ont droit à une création mondiale puis n’ont pas de secondes chances. Dans le cas du « D. J. D. CONDAMNE », il a été donné au Théâtre des Champs-Elysées, à Valencia et à la salle Pleyel en version de concert puis en Hongrie dans la production de Nadine Duffaut qu’elle a remontée à Avignon et actuellement à Marseille où nous fêtons les 10 ans de l’ouvrage! À chaque fois on pense que c’est la dernière fois que l’on monte l’opéra… puis une nouvelle date se profile…

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« LE DERNIER JOUR D’UN CONDAMNE » affiches de 2007 à 2017

Vous êtes avant tout un artiste plasticien, quel est votre parcours dans les arts plastiques ? Vous célébrez les 10 ans de la création de cet opéra par un coffret regroupant une série de dessins autour du condamné, présentez-nous votre projet.

Oui les arts plastiques sont vraiment ma première discipline. Ma mère m’a raconté que ma maitresse de maternelle disait : « Vous avez vu comme il dessine ? Il sera dessinateur ou peintre ! ». Vers 11 ans, j’ai découvert le tag et le graff et je m’y suis plongé entièrement. C’était marginal et interdit, un moyen d’expression d’une certaine jeunesse urbaine à Clichy sous bois, un truc entre copains-cousins, avec toute l’adrénaline qui va avec. J’en ai gardé le goût des pseudos, des blazes! C’était bien avant l’époque de ce que j’appel en ironisant le « Street Art de salon » que je pratique aujourd’hui (rires). À 15 ans, j’ai même rédigé une sorte de traité pour justifier le statut d’art à part entière que revêtait déjà pour moi le tag et le graff alors que ce n’était vu que comme du vandalisme alors. Je l’ai conservé quelque part dans mes archives sans jamais le publier. Depuis j’ai fais de nombreuses autres découvertes, peinture, sculpture, gravure, photographie plasticienne, art figuratif ou abstrait… classique, moderne, contemporain, expérimental… j’adore explorer tous les champs de la création plastique jusqu’au graphisme des BIMBOLINA BIMBOLINO by Don Fra Delrico qui prennent avec légèreté et joyeusement depuis 2013 le contrepied de tout ce que j’ai fait auparavant qui était bien plus austère et dense. (cf : www.fra-art.com)

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Taggueur/graffeur à Clichy sous bois, milieu des années 80          

 

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Carte du Louvre 1998

 

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 La rue encore présente dans mon travail, « STREET BIMBOLINA » sculpture in situ 2017

 

Pour revenir au COFFRET COLLECTOR DES 10 ANS DU CONDAMNE, j’ai voulu prolonger en 2017 les réflexions que je m’étais faites en 2007, quand j’ai dessiné le 1er condamné les yeux bandés et qui a fait sensation lors de la création parisienne, ce dessin qui est à vraiment associé à notre opéra maintenant ! Certains ont vu dans ces dessins de la série du Condamné l’influence du « CRI » de Munch, moi j’ai plutôt pensé aux « DENTS DE LA MER » (rires). Mais il suffit de représenter un personnage avec la bouche ouverte pour que l’on pense au « CRI », ce pastel chef d’œuvre de Munch fait parti de ces œuvres entrées dans l’inconscient collectif - quand on l’a vu on ne l’oubli plus - c’est pourquoi le public fait ce type de raccourci, mais cela suffit-il pour y voir une influence? Bacon a peint des cris plus proches de ma démarche tout en étant très différents aussi techniquement. Munch est vraiment synthétique, son personnage a juste la forme d’un crâne, je suis tout de même loin de son style dans ce cas précis, entre réalisme classique et expressionisme. J’ai mis l’accent sur les traits nerveux, tournant à l’obsession mais avec des surprises : Parti pour réaliser un nouveau visuel qui puisse dépasser et actualiser mon premier dessin de 2007, j’ai abouti à une série de 7 œuvres inédites qui apportent toutes une lecture et une approche différente à la sensation du condamné à mort.

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ALAGNA/HUGO «  CONDAMNE » 
7 lithographies, coffret collector numérotée et signé par les 3 AAA
pour les 10 ans de la création de l’Opéra. 2007-2017 en précommande sur www.fra-art.com

 

Quelles sont vos influences justement ?

Mes influences sont multiples et incalculables, très variées, très hétéroclites, il faudrait 20 pages pour les citer sans en oublier : des peintures rupestres à des artistes vivants, peintres plasticiens en passant par la littérature ou le cinéma. Je me sens très connecté à tout ce qui relie l’homme à ses origines d’homme des cavernes, je suis encore un « sauvage »  (rires). Je me sens dans la lignée des artistes qui prennent le risque de changer de style en cours de route, d’aller là où la curiosité les pousse, Léonard de Vinci, Matisse, Picasso, ou plus proche de nous César qui a su faire des œuvres très austères ou décalées et humoristiques, des sculptures monumentales, des compressions puis des expansions, puis des agrandissements d’empreintes gigantesques… figuratif ou abstrait sans distinction de valeurs, chacune ayant sa propre cohérence intrinsèque et indépendamment des autres styles développés en simultanés.

 

Les BIMBOLINA BIMBOLINO aux références multiples :

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Et Dieu et la mort dans tout ça comme aurait dit Jacques Chancel ?

La mort est très présente en Sicile, un peu comme les mexicains on y vit avec les morts pour ainsi dire. Moi je vis avec elle aussi en pensée, chaque jour, je m’y suis habitué. Pensons aux catacombes, à la crypte des Capucins à Palerme. Il en reste des traces dans mon art je pense, en tout cas on me le souligne parfois.

 

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La foi aussi est présente, Art et Foi font bon ménage chez moi, mais avec ma double culture italienne et française ça reste compliqué à définir, je suis athée autant que j’ai la foi ! J’ai le sens du sacré et du profane à égalité : la croix et le nu se côtoient non ? J’aime bien changer le regard pour un autre angle de vue, une relecture, qui est la base d’un regard de metteur en scène ou d’un peintre. Les arts se rejoignent, ils sont un état d’esprit, une approche de la vie.

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« JESUS VU PAR UN DES LARRONS » crayon sur carton 1999

     

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Pour comprendre d’où vient ce rapport à l’art et la foi chez moi, je dois préciser qu’en 1953 à Syracuse, ma mère âgée de 13 ans, portée sur les épaules de son père, a essuyé les larmes de la statuette de la madone qui a pleuré de vraies larmes quand celle-ci a été exposée dans la rue, afin que tout le monde puisse voir et juger d’eux-mêmes. Ce miracle reconnu par l’Eglise a donné un élan de foi particulier aux syracusains. Cela marque l’esprit d’une famille et je le porte sans doute en moi ! (rires)

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 Théâtre grec antique de Syracuse

 

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« MADONNA DELLE LAGRIME revisité 2016»            

 

Aujourd’hui je me sens davantage être un artiste français mais je conserve des choses de cet héritage sicilien. J’ai d’abord été sensible aux antiquités gréco-romaines et aux ruines antiques partout présentes à Syracuse. À 9 ou 10 ans, j’étais sorti en cachette de l’appartement de ma grand mère avec David pour aller voir le fameux THEATRE ANTIQUE GREC de Syracuse qui était à plusieurs kilomètres de la maison. J’avais mémorisé tout le trajet ! Après 15 ou 20 min de marche, David est retourné à la maison car il ne trouvait pas prudent de continuer aussi loin, et j’ai poursuivi tout seul. C’est comme ça que mes parents ont appris ma balade vers le théâtre antique et qu’ils ont envoyé Roberto, David et un cousin sicilien pour venir me chercher avec une bagnole d’occaz louée sur place, ils étaient en panique quand ils m’ont trouvé tranquillement en train de regarder les stands pour touristes qui vendaient des guimbardes et autres objets souvenirs. Ils m’ont fait entrer dans la voiture et Roberto a repris la route un peu nerveusement, et bim - en plein milieu du premier virage la bagnole perd une roue - il pestait après moi tout en réparant la roue et moi j’étais toujours dans la lune ! (rires)

Vous êtes aussi sculpteur, dites-nous en quelques mots ?

Oui, j’ai même plus de reconnaissance en qualité de sculpteur qu’en toutes autres disciplines ! Moi ça m’énerve un peu avec ma phobie d’être enfermé dans une case (rires) mais ça me fait plaisir tout de même comme quand en 2016 j’ai reçu le prix Jonchère de sculpture à Paris par la FONDATION TAYLOR et quand cette même année 2016, ma ville de naissance m’a passé commande d’un BIMBOLINO BIBLIOPHILE MONUMENTAL de 3m de hauteur. 700kg de métal peint à l’époxy rouge vif, soclé en centre ville face à la nouvelle bibliothèque. Quand je pense que je trainais dans les rues de la ville ado pour tagguer sur les murs et qu’aujourd’hui une de mes œuvres est placée là de façon pérenne, c’est une belle reconnaissance et une fierté pour tous ceux qui me connaissent depuis mon enfance. Quoi qu’il en soit, sculpteur, peintre ou autre ce ne sont jamais que des appellations : j’aime faire des ponts entre les disciplines et les styles, certaines de mes photos de nus intitulées « PYGMALIONITY » font référence directement à l’art de sculpter par exemple. Enfin j’ai tout de même aussi reçu un disque de platine pour ma participation à l’album « SICILIEN », comme quoi la musique ne me laisse pas totalement de côté, c’est pas si mal pour un peintre-sculpteur (rires) ! Ma toute première sculpture a été un buste de mon père quand j’étais lycéen ; c’est important la figure du patriarche dans la construction d’une identité masculine, et féminine aussi d’ailleurs… enfin je crois…

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Commande officielle « BIMBOLINO BIBLIOPHILE » sculpture monumentale en métal, 2016-2017

 

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PRIX FONDATION TAYLOR  « APATRIDES- FIGURES ORGANIQUES » technique mixte 2007

 

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Poète, vous écrivez et composez aussi de la musique.

Oui j’écris puis je fais aussi des performances improvisées avec des poètes ou musiciens en live associant poésie ou musique et dessin à la cire et fer à repasser (cf videos sur you tube) ! Curieusement, je ne mets jamais en musique mes propres poésies. Je comprends que mettre de la musique est déjà une trahison du texte original. Même prononcer à voix haute est une petite trahison. Je n’arrive à apprécier la poésie que lue intérieurement, sauf quand elle est expressément écrite pour être mise en musique (Léo Ferré, Brassens) ou quand ce sont les poèmes des autres poètes : Verlaine, Hugo, Baudelaire ou des contemporains,  n’importe qui dès l’instant où l’on entend en soi une musique qui puisse traduire non pas ce que le poète a voulu écrire mais la sensation que son poème nous transmet. J’écris donc beaucoup sur les textes des autres. J’aime bien toutefois associer la poésie aux œuvres graphiques ou à la photographie. J’appel ces rencontres des « PHOTOPROSES ».

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« NU DOUBLE »» série PHOTOPROSE, estampe digitale, poésie, sanguine et encre sur papier d’art, E.A. 2015

 

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Exposition et performance live –peinture, dessin, poésie 2012

         

 

J’ai composé plusieurs mélodies en solo ou a 4 mains avec David, le dernier en date est un cycle de mélodies pour piano chant de 55 minutes, d’un lyrisme brut et contrasté intitulé « PETITES SUITES PARMI LES PLUS TACITURNES » sur une suite poétique d’Aurélie Foglia-Loiseleur, une poète contemporaine à l’écriture très personnelle avec des mots et métaphores parfois abruptes, que l’on ne met jamais dans la bouche de chanteurs lyriques habituellement, c’est d’ailleurs pourquoi peut-être je fais fausse route en allant sur ce sentier glissant car c’est ensuite difficile de trouver des interprètes ouvert à l’expérimental et prêt à défendre cette prose! On le travail avec le baryton Richard Rittelmann depuis longtemps : il est aussi un très bon pianiste, c’est précieux pour quelqu’un comme moi qui ne joue ni du piano, ni ne sais lire le solfège ! Je compose directement à la guitare ou sur ordinateur, c’est vraiment une révolution que ces logiciels musicaux. Après Le pianiste Thomas Mallet qui a joué avec brio le cycle lors d’une avant première à l’atelier, Jean-Luc Ayroles est aussi en train d’y travailler ces jours-ci.

J’ai aussi terminé de composer un REQUIEM pour quatre solistes avec des séquences très brèves (l’« INTROIT » et le « KYRIE » s’enchainent sur cinq minutes seulement !) la durée totale de l’ouvrage est de 45 minutes tout de même. Le texte est en latin, tiré de la liturgie catholique mais en ne gardant que les mots qui me parlent et en picorant dans d’autres œuvres. Je termine ainsi par les paroles d’un « FULGET AMICA DIES » planant comme un hommage très lointain à Mozart qui les a mises en musique. Je trouve ce texte très beau et doux pour finir un requiem en douceur et positif. J’ai démarré l’orchestration avec Stéphane Dietrich, un ami compositeur qui m’épaule dans tous mes projets musicaux mais j’ai de moins en moins de temps à consacrer à la composition musicale car je reste très dépendant des interprètes et des programmateurs… Cela coûte tellement cher de créer des œuvres inconnues… peut-être que je ferais bientôt un projet participatif pour récolter des fonds et prendre le temps enfin de consacrer 6 mois rien qu’à cette orchestration ? Mais avec les projets d’expositions qui se profilent pour nov. 2017 et toute l’année 2018 pour récolter des fonds et sauver le clocher de L’EGLISE NOTRE DAME DU RAINCY*, je crois que c’est de l’ordre de l’utopie encore pour un moment… Mais notre passion est faite de rêves, et les rêves sont faits pour être exaucés non ?

 

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« MOZART BIMBOLINO » 2016