Héloïse Mas

  

Née à Besançon, Héloïse Mas a très tôt baigné dans la musique. Sa rencontre avec Elena Vassilieva va être déterminante : elle sera chanteuse lyrique. Après des études de commerce pour rassurer son environnement familial, elle entre au CNSM de Lyon. Une Carmen à Genève en septembre 2018 et sa prise de rôle de Boulotte dans le Barbe-Bleue d’Offenbach en ce mois de juin 2019 à Lyon la mettent un peu plus sous la lumière des projecteurs.  Débordante d’énergie, enjouée, créatrice…elle nous parle d’elle entre deux répétitions.

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Vous êtes à Lyon pour interpréter le rôle de Boulotte du Barbe-Bleue d’Offenbach. Ce sont des retrouvailles à la fois avec Laurent Pelly avec qui vous avez fait une reprise du Roi Carotte à Lille et avec Offenbach que vous avez servi plusieurs fois. Comment se passent les répétitions ? Quel est le profil vocal de ce rôle ?

Les répétitions se passent très bien. Il aime bien mon énergie et j’aime bien son univers. C’est très intense comme toujours avec Laurent. Le rôle de Boulotte est très agréable à chanter. C’est une tessiture parfaite pour moi. C’est un rôle drôle à interpréter. Il est touchant, attachant. C’est un rôle complet où l’on peut très bien s’amuser.

Comment se fait le travail avec Laurent Pelly ? Il vient avec des idées arrêtées ou il demande aux interprètes de proposer sur un canevas qu’il a imaginé ?

Il a effectivement des idées sur ce qu’il veut et c’est quelqu’un de très précis. Par exemple sur les chorégraphies. Mais il est aussi très adaptable et il sait rebondir. Il va aussi chercher ce que la personne peut apporter dans le cadre qu’il a développé de son côté. Il va créer une personnalité physique visible du personnage. Quand le personnage arrive sur scène on sait tout de suite ce qu’il est. Pour moi les mises en scène de Laurent Pelly sont vraiment des livres d’images. A partir de là il va falloir aller vers quelque chose de plus fin en fonction de la voix de la personne, de son énergie aussi. Il est capable de créer avec la personne avec qui il travaille. On peut lui proposer des choses. Il nous dit soit çà marche et il peut nous demander d’aller plus loin dans ce que l’on propose, soit c’est illisible, on ne comprend pas ce que tu veux faire. Il y a un vrai dialogue. Il nous donne des références cinématographiques, des images, tout en nous disant « je ne veux pas que tu imites ce que je te propose mais que tu le voies pour savoir ce qui m’est passé par la tête quand je travaillais sur le personnage ».

Peut-on revenir sur vos débuts. Vous avez en fait commencé la musique par l’étude d’un instrument ?

Oui, le piano et l’orgue. Faire de la musique était une volonté de nos parents qui étaient très mélomanes. On écoutait de la musique classique dans la voiture, ma maman avait un piano d’étude et faisait partie d’un chœur amateur. Quand j’étais petite j’ai aussi fait partie d’une chorale, j’ai suivi une option théâtre quand j’étais au primaire. On a toutes fait du solfège et j’ai toujours aimé chanter. J’aimais bien le théâtre, la musique, l’opéra. Pour former ma voix, on m’a dit d’attendre que la mue, plus tardive et plus discrète que chez les hommes, soit passée. Vers 16-17 ans j’ai commencé mes classes de chant avec Robert Boschiero au Conservatoire Gautier d’Epinal. J’ai fait une première année de médecine à Nancy au cours de laquelle j’ai arrêté le chant et après cette première année la première chose que j’ai faite c’est d’aller demander un cours à mon professeur. C’est alors qu’il m’a présenté Elena Vassilieva. Je n’avais rien de prêt. Elle m’a fait travailler la première phrase d’un air, ce devait être  un rondo d’un opéra de Delibes Jean de Nivelle. On a travaillé une vingtaine de minutes et elle ma dit « quand on a un instrument comme le votre, on se doit de le travailler ». C’est elle qui m’a convaincue de faire du chant dans la vie.

Et quand vous avez annoncé à vos parents que vous abandonniez vos études de médecine…

Ca s’est passé moins bien (rires). Ils avaient beau être mélomanes, ils ne connaissaient pas l’univers de la musique et pour eux c’était très risqué, ils s’inquiétaient. Il y a eu des négociations. On est tombé d’accord sur un diplôme qui pourrait me permettre de rebondir plus tard. Le diplôme le plus court que je pouvais faire était un DUT de techniques de commercialisation en deux ans. J’ai appris beaucoup de choses intéressantes qui me permettraient de trouver du travail très rapidement et qui me servent dans les projets de création que je monte. La première année était à Epinal, la seconde à Nancy ce qui me permettait de faire une troisième année à l’étranger

Déjà à cette époque vous alliez à l’Opéra ?

J’ai vu mon premier opéra avec ma maman à l’Opéra de Nancy. C’était Tannhäuser. Je devais avoir onze ans. Je suis restée toute la représentation au bord de mon siège et je ne voulais pas que ça s’arrête.

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 La Périchole - Saint-Céré - Guy Rieutort

Vous êtes aussi partie en Italie…

Oui, j’y ai fait une troisième année de DUT pour terminer mes études de commerce mais aussi pour préparer mon entrée au CNSM de Lyon. J’ai passé beaucoup de temps au Conservatori Rinaldo Franci de Sienne avec Anastasia Tomaszewska Schepis qui était professeur en résidence. Je faisais partie de la classe de chant en auditrice libre- je m’étais inscrite trop tard- mais en fin de journée la professeure de chant me donnait des cours. Je faisais partie aussi de la classe scenica pour la mise en scène. Le professeur me considérait comme faisant partie de la classe et je faisais les exercices comme tous les étudiants. L’accompagnateur de la classe de chant était aussi le professeur de liederistica et il m’a proposé d’être voix accompagnatrice des pianistes ce qui m’a permis d’apprendre beaucoup de lieder et de mélodies. Le chef de chœur m’a repérée et m’a proposé de participer au Requiem de Mozart qui était donné en tournée dans la région. J’ai vécu là bas beaucoup de très belles choses musicales.

Quels sont les gens qui ont compté le plus pour vous dans le développement de votre carrière ?

Il y a eu Robert Boschiero avec qui j’ai commencé. Je suis toujours en contact avec Elena Vassilieva mais nos emplois du temps respectifs ne nous permettent pas d’avoir des cours de chant ensemble. Actuellement ceux qui comptent le plus pour moi dans mon développement musical, mais aussi personnel, ce sont  Isabelle Germain et Fabrice Boulanger que j’ai rencontrés au Conservatoire. Ce sont toujours mes professeurs.

On dit parfois que les conservatoires français préparent mal aux carrières professionnelles…

Je ne me rends pas compte mais il ne faut pas faire de généralités. Au sein du Conservatoire, chaque étudiant est un cas unique. Et il faut saluer le travail des équipes administratives qui doivent gérer cinq cents cas uniques à la fois ! C’est un casse-tête parce qu’ils sont dans une structure censée être institutionnelle et carrée, sauf qu’il n’y a rien de carré.

Ils m’ont beaucoup aidée. J’ai pu dans le cadre de mon master partir un semestre aux Etats-Unis et un au Canada.  Ce ne sont pas les mêmes crédits, les mêmes programmes. Alors que je devais partir au Canada en première année de master, l’Opéra de Lyon m’a proposé le rôle de Soeur Mathilde dans Dialogues des Carmélites. J’ai pu différer mon départ et je suis partie à cheval sur le master 1 et le master 2. Je suis rentrée en janvier pour terminer ma scolarité.

Nous ne sommes ensemble que depuis un quart d’heure et vous  dégagez une énergie extraordinaire…

(rires) Mes parents nous ont toujours élevées pour être un peu hyperactifs. Déjà pendant nos études au collège et au lycée on avait des activités musicales, des activités extrascolaires. J’ai fait de la gymnastique et du patinage artistique. Il fallait se lever à 5h du matin pour être à l’entrainement, à 6h avant d’aller à l’école. Plus les compétitions le week-end. On a toujours eu cette vie la. Pour moi, ne rien avoir dans l’emploi du temps c’est l’angoisse (rires). J’ai fait tout ce que je pouvais faire au Conservatoire, j’ai rencontré beaucoup de gens, fait beaucoup de choses.

Parallèlement j’ai commencé à avoir une vie professionnelle puisque j’ai signé mon premier contrat en 2012 au début de ma troisième année de licence grâce à la bienveillance du Conservatoire qui a accepté mon absence. C’est Benoit Bénichou qui m’a donné cette opportunité en m’invitant au Théâtre de Caen. Je l’ai rencontré quand il a été invité pour monter Die Fledermaus  au CNSM de Lyon.

Vous avez été lauréate ADAMI. Cette reconnaissance a été importante pour vous ?

J’ai été lauréate ADAMI en 2014. L’ADAMI m’a permis de rencontrer mon agent René Massis. J’avais donc un agent à la sortie de mes études, ce qui est rare. Sonia Nigoghossian et Françoise Petro sont toujours là pour nous aider. Je continue à participer à des concerts en tant qu’artiste associée. En janvier dernier comme j’avais un petit créneau libre j’ai pu faire à leur demande  le concert des révélations ADAMI  aux Bouffes du Nord. C’est de la visibilité et du soutien. Si l’on a des projets culturels, et j’en ai beaucoup, l’ADAMI est là pour nous. C’est une institution respectée qui a du pouvoir et des capacités de financement et qui va nous aider à réaliser ce que l’on veut faire.

Quels ont été vos premiers rôles ?

Mon premier rôle pour un opéra complet, c’est Alexis dans L’Ile de Tulipatan d’Offenbach quand je faisais mes études à Epinal. Ensuite au Conservatoire de Lyon j’ai été le prince Orlovsky de Die Fledermaus de Johann Strauss. Ensuite, au Théâtre de Caen j’ai participé à la production de Benoit Bénichou qui enchainait deux opéras, Trouble in Tahiti de Bernstein où je faisais Girl dans le Trio et L’Enfant et les sortilèges de Ravel où je faisais cinq rôles. Plus l’opéra avançait, moins j’avais de temps pour me changer et me maquiller, seulement 90 secondes entre la libellule et l’écureuil ce qui nécessitait cinq personnes  pour s’occuper de moi ! Ce spectacle est le premier pour lequel je chantais dans un grand théâtre. J’ai refait des scènes d’opéra au Conservatoire puis il y a eu Sœur Mathilde à l’Opéra de Lyon dans Dialogues des Carmélites mis en scène par Christophe Honoré.

J’ai l’impression qu’il s’est passé beaucoup de choses en peu de temps. Je suis sortie du Conservatoire en 2015 et j’ai tout de suite travaillé : La Périchole à St Céré et au festival d’O à Montpellier, l’Etoile de Chabrier à Montpellier avec Jérôme Pillement et Benoit Bénichou pour Opéra Junior, Alcina d’Orlando Paladino de Haydn à Fribourg où je devais chanter suspendue aux cintres, Lazarille de Don César de Bazan avec les Frivolités Parisiennes. L’Opéra de Monte Carlo m’a emmenée à Oman pour être Stefano de Roméo et Juliette de Gounod. J’ai été  Siebel aussi à Monte Carlo, Maddalena de Rigoletto à Nice où j’ai retrouvé comme Duc celui qui était mon Romeo à Oman. C’est extraordinaire de commencer à recroiser des gens sur scène. On se dit que l’on a passé un cap et que l’on est en train de construire quelque chose.

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 Siegrune/Walkyrie - Genève

Et puis il y a eu Carmen à Genève qui arrive précocement dans votre carrière. Parlez nous en…

Terrifiant ( rires) ! C’est un rôle iconique. D’autres collègues se sont lancées dès 18 ans dans la musique. Moi j’arrive plus tard alors qu’elles ont déjà 10 ans de carrière. Je suis sortie du Conservatoire à 28 ans et je suis arrivée sur le marché il y a à peine 4 ans. Une jeune mezzo de 30 ans tout juste ( il parait qu’on est jeune jusqu’à 35 ans –rires)  et qui se lance aussitôt dans ce rôle, ce n’est pas commun. J’étais terrifiée et j’ai jugé de ce que j’ai fait au sourire de mon agent René Massis. C’est un ancien chanteur qui a une très bonne oreille. Il assiste aux représentations avec un petit carnet pour prendre des notes et à la fin on débrief. Il m’a complimentée. Sa seule remarque a été de me demander de regarder plus haut dans la scène finale.

Dans cette production, vous étiez Mercedes dans un autre cast. Passe-t-on facilement de l’une à l’autre ? On peut voir Mercedes comme Carmen dix ans plus tôt…

Mercedes c’est Carmen avec encore de la candeur. Elle n’a pas été autant blessée que Carmen et elle croit encore à la vie.

L’avoir interprétée vous a-t-il aidée à construire votre personnage de Carmen ?

Non, c’est différent. Physiquement on ne se tient pas pareil, on ne bouge pas de la même façon. C’est plus notre « cuisine » personnelle pour savoir comment on bouge quand on arrive sur scène. Mais le principal écueil, c’est de ne pas se tromper de rôle dans les ensembles, de ne pas passer d’un rôle à l’autre en particulier dans la scène des contrebandiers.

Comment choisissez-vous vos rôles ?

J’en parle beaucoup avec René Massis. Pour le moment les choix sont faits par rapport aux dates. Si on vous propose un rôle alors qu’un contrat est signé dans une autre maison, on peut toujours discuter si des absences sont possibles, mais mon agent refuse à raison de faire du surbooking. Quand on signe un contrat on le respecte sauf s’il s’agit d’une courte absence. Ainsi l’Opéra de Lyon m’a accordé une permission d’un jour pour aller chanter à Fribourg Le poème de l’amour et de la mer qui me tenait beaucoup à cœur.

Quels sont les répertoires vers lesquels vous voulez aller ?

Ma voix s’est beaucoup élargie, elle est devenue plus dense avec beaucoup plus d’harmoniques. Je l’avais déjà constaté l’année qui précédait le Concours Reine Elisabeth que j’ai présenté l’an passé. Que faire ? Aller au concours avec un répertoire de rôles moins denses qui était celui où l’on me connaissait ou est-ce que je fais le pari d’un répertoire plus large pour montrer ce que je pourrais devenir d’ici deux à trois ans. J’ai choisi d’aller vers le répertoire le plus lourd. J’ai montré à ma professeure ce que je choisissais : Charlotte, Sapho, La Favorite, Octavian et Brangäne que je n’avais jamais regardée. Je lui ai demandé si j’étais folle. Elle m’a répondu « pas plus que d’habitude » et on s’est mis au travail. Près des trois-quarts du répertoire choisi était nouveau et il a fallu beaucoup travailler entre novembre et mai.  Donc je suis très fière du cinquième prix que j’ai obtenu. Plusieurs personnes de mon entourage étaient déçues pour moi, mais moi je ne l’étais pas. C’est un répertoire où l’on ne m’attend pas, dans lequel on ne m’a jamais entendue et que j’essaie d’apprivoiser.

Qu’avez-vous chanté en finale ?

 J’ai commencé par Brangäne, le passage des appels, puis l’air des cartes de Carmen, La Favorite et Sapho. Brangäne n’est pas pour moi mais ce passage est très court, il est sur le souffle et me convient parce qu’il n’est pas très haut contrairement au reste du rôle, et je voulais absolument présenter un Wagner. Quelqu’un m’a dit « tu ne dois pas beaucoup t’aimer pour faire un tel enchainement d’airs » (rires)

Quelles chanteuses admirez-vous ?

Si je dois travailler Rossini, j’ai une oreille pour Joyce Di Donato. Si je dois écouter un répertoire plus large, je vais écouter Elina Garanča ou Anita Rachvelishvili. Pour la mélodie française, Véronique Gens, Karine Deshayes. Je les écoute pour savoir dans quel univers çà se situe mais je le fais de moins en moins. J’ai tendance à déchiffrer d’abord avec mon chef de chant  pour savoir où je me situe vocalement et ensuite j’écoute des versions en particulier pour savoir ce qui se fait en termes de variations, quelles sont les cadences, notamment dans Haendel, même si de plus en plus j’ai tendance à vouloir montrer ce que j’ai envie de faire.

Je pense que la musique est faite aussi pour exprimer sa personnalité et je chante Haendel qui est un compositeur que j’aime profondément avec ma voix telle qu’elle est sans essayer de le faire avec un style musique ancienne.

Carmen GenèveMAGALI DOUGADOS

 Carmen - Genève

On ne vous a pas encore proposé de participer à une production d’Haendel ?

Non, mais j’aimerais bien ! J’ai fait le concours Haendel et j’ai fait des concerts.

Et Mozart ?

Je chante très peu Mozart. J’en ai fait un peu en concert. Mozart ne me vient pas naturellement, il me demande beaucoup de travail pour trouver le style mozartien. Je ne sais pas pourquoi. Haendel me tombe sans aucun problème dans la voix. Je n’ai pas de problème avec Offenbach, Gounod, Bellini, Donizetti, Rossini. De même j’ai travaillé récemment l’air d’Orphée de Gluck revu par Berlioz. C’est très difficile pour moi, je ne rentre pas facilement dans ce répertoire.

Parlez nous de vos projets futurs.

 Carmen en concert au festival de Brasschaat près d’Anvers en juillet, Operalia fin juillet. La saison prochaine je reprends Barbe-Bleue à Marseille en fin d’année, puis La Périchole à l’Odéon de Marseille, le Prince de Cendrillon de Massenet à Limoges en mars et Tisbe de Cenerentola à Genève en mai. Il y aura aussi quelques concerts dont une tournée avec les Nuits d’été de Berlioz.

Quels rôles vous aimeriez que l’on vous propose ?

 Charlotte, Romeo d’ I Capuletti . Giovanna Seymour d’ Anna Bolena,. J’aimerais faire des opera seria de Rossini et je rêve de faire Edoardo de Mathilde de Shabran mais ce n’est que très rarement donné. J’aimerais bien faire une Sapho complète. Dans les opéras français il y a beaucoup de rôles que j’aime. Dans Verdi j’ai chanté Maddalena mais je n’ai pas beaucoup exploré ce que je pourrais chanter. Il y a quelques rôles de Wagner mais pour plus tard. Je voudrais faire du baroque et en particulier du Haendel, et Déjanire est un des rôles que je voudrais vraiment chanter. Je suis très éclectique et amoureuse de beaucoup de répertoires. J’ai aussi une activité de mélodiste. Le 27 juin je donne un concert au Petit Palais avec Florian Caroubi sur du répertoire postromantique allemand.

Quel rapport avez-vous avec la mise en scène ? La dimension théâtrale compte-t-elle dans vos choix ?

Pour le choix des rôles, pas forcément. Le choix du rôle est plus un choix vocal. Je suis très malléable, j’adore découvrir  et apprendre. On voit vite en répétition si on a à faire à quelqu’un à qui on peut faire des propositions. Etant créatrice moi-même j’ai cette volonté de donner au metteur en scène ce qu’il ou elle veut, de servir sa vision. Mais courir en mules dans un escalier, c’est non. En talons je sais faire, pas en mules…(rires).

Y a-t-il des artistes avec qui vous aimeriez travailler ?

Je rêve de travailler avec Teodor Currentzis. On l’aime ou on ne l’aime pas - pour ma part je l’adore- mais il fait des choix. J’aurais aimé travailler avec Alberto Zedda. Je l’avais rencontré lors d’une audition pour le festival de Pesaro. A la fin de l’audition il m’a dit « j’adore votre personnalité, j’adore votre voix, mais vous avez le défaut qu’ont toutes les personnes qui ont une agilité naturelle, ce n’est pas toujours propre donc vous devez retravailler. Ca va être dur mademoiselle, parce qu’il va falloir que vous fassiez  le double de travail, que vous reteniez votre agilité et que vous fassiez comme si vous n’aviez pas d’agilité naturelle pour retravailler votre agilité que vous avez déjà au naturel.  

Et vous en avez tiré profit ?

C’étaient des choses que l’on m’avait déjà dites. Ce n’était pas surprenant mais le fait qu’il ait pris le temps de le dire – on m’avait dit « si il n’aime pas ce que tu fais il ne parlera pas » – était très important pour moi.

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 Boulotte/Barbe Bleue - Lyon - Stofleth

Vous allez participer à Operalia fin juillet, vous y serez la seule représentante française. Vous devez déjà être dans la préparation. Comment se prépare-t-on à ce concours ?

J’aurai du répertoire que je connais très bien maintenant qui est celui déjà présenté au concours Reine Elisabeth : La Favorite, Sapho, Octavian et je  voudrais défendre mon activité haendélienne avec Déjanire de Hercules qui me permet de présenter un air à vocalises du répertoire baroque.

Vous êtes tenue d’annoncer vos airs longtemps à l’avance ?

Oui, tout est déjà confirmé. Au premier tour on choisit notre premier air et le jury choisit le deuxième. Au deuxième tour c’est le jury qui choisit un air. Pour la finale on choisit avec Placido Domingo. On exprime une préférence mais Placido peut conseiller un autre air ou nous demander de changer si l’on est deux à présenter le même. Je vais aussi présenter le concours zarzuela en souvenir de mes origines espagnoles.

Donc seulement quatre airs ?

Oui, seulement quatre airs et deux autres pour le concours zarzuela. C’est très différent du concours Reine Elisabeth où il faut un récital de presque une heure.

Vous avez évoqué votre activité de création. Vous pouvez nous en dire plus ?

Je fais partie du mouvement des jeunes artistes qui voulons ouvrir l’opéra vers un public plus large. Je suis absolument persuadée que l’opéra et la musique classique peuvent s’écouter comme n’importe quel autre genre de musique. Personnellement je suis très éclectique, j’écoute de l’électro, du métal, de la pop, du jazz. Bien sûr je n’écoute pas tout dans tout. Il y a de gros préjugés sur la musique classique, on dit que c’est un genre élitiste, ce que je peux comprendre. C’est dommage que l’on juge un genre musical complet sur certains aspects de son processus créatif. J’ai chanté au Maroc en plein désert lors du Morocco Solar Festival et les gens qui n’avaient jamais entendu d’opéra et de vocalises étaient enthousiastes. Je voudrais amener cela vers tous les publics. Je pense que la musique classique peut s’entendre dans d’autres cadres. J’ai conçu un spectacle pour le festival Les Imaginales d’Epinal consacré aux littératures et à l’illustration de l’imaginaire. J’étais bodypaintée de la tête aux pieds, ma violoncelliste était un elf et mon pianiste un voyageur steampunk. On a fait un programme avec des pièces instrumentales, des mélodies, le tout sur le thème de l’imaginaire. J’ai un autre projet avec Haendel que je garde encore un peu secret parce que les équipes ne sont pas entièrement formées. C’est un projet pour montrer qu’on peut écouter de la musique classique autrement.

Vous êtes seule pour organiser ce spectacle ou vous vous appuyez sur une structure existante ?

Pour le moment je suis seule. J’en ai parlé à l’ADAMI qui est intéressée. J’ai potentiellement un chef et un orchestre intéressés par le projet. Ce projet mêlera musique classique et vidéo. La vidéo est un univers nouveau pour moi. Je n’ai pas de problèmes pour trouver ce dont j’ai besoin pour du spectacle vivant, je sais combien coûtent les choses, faire un budget mais je n’avais encore jamais eu besoin de vidéo. On  m’a proposé de rencontrer des gens qui vont pouvoir m’aider.

Quand vous ne travaillez pas, avez-vous des activités préférées ?

Oui, plein (rires). Pendant mes études et les années qui ont suivi, j’ai beaucoup donné pour ma carrière. J’ai souffert de ne pas avoir vraiment de vie sociale. Je suis en train de rechercher un équilibre, de profiter de mes amis. J’adore lire, je suis droguée à Youtube (rires) et j’adore explorer les mondes fantastiques et l’imaginaire. Sur mon compte Instagram on voit que je fais partie du mouvement retro futuriste Steampunk. C’est un mouvement très créatif qui essaie de lier plusieurs thématiques en même temps. J’aime tout ce qui rassemble, toutes les activités transversales.

Merci de votre temps et l’on vous suivra avec grand intérêt dans toutes vos activités et projets.

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Entretien réalisé par Gérard Ferrand  le 5 juin 2019.

Remerciements à Sophie Jarjat de l’Opéra de Lyon pour son aide.

Site : https://www.heloisemas-mezzosoprano.com/

 

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