Photo 1 JP by Alessandro Moggi

 Photo Alessandro Moggi

 

Bonjour Jessica,

Nous profitons de votre participation au festival Donizetti de Bergame pour vous poser quelques questions. Vous y interprétez Elisabetta dans « Il castello di Kenilworth », une œuvre inconnue du compositeur. Vous revenez ici après une remarquable « Rosmonda d’Inghilterra » en 2016. Mariella Devia a chanté l’œuvre en 1989 et participé à sa recréation ; aujourd’hui, vous poursuivez le travail de redécouverte du répertoire belcanto initié par des chanteuses telles que Maria Callas, Joan Sutherland ou Beverly Sills.

En effet, il existe une version du Castello di Kenilworth disponible avec Mariella Devia, mais, à l’instar de ce nous avons fait avec « Rosmonda d’Inghilterra », la version enregistrée disponible est différente de la version que nous sommes en train de travailler. Donizetti était un compositeur très prolifique et nombre de ses opéras ont été réécrits et adaptés par lui-même en fonction des chanteurs disponibles. Il est assez courant de trouver deux partitions originales autographes avec des différences notables. Je n’ai pas écouté l’enregistrement parce que je préfère ne pas être influencée par d’autres interprétations lorsque j’apprends une partition, mais quelqu’un lors de la répétition générale m’a dit que certaines parties de l’enregistrement sont trois demi-tons plus basses. Je ne sais pas si cela est vrai, mais il y a clairement des différences.

J'aime découvrir des opéras rares et les présenter au public ; il y a tellement de joyaux dans ce répertoire, surtout quand il s'agit de Donizetti. Pour le répertoire rossinien, le festival de Pesaro a accompli un travail fabuleux en redécouvrant des opéras inconnus, en publiant des éditions critiques, en apportant ainsi ces œuvres au public et même en créant une école de formation pour Rossini. En conséquence, ces opéras sont aujourd’hui, plus souvent produits dans le reste du monde. J'espère que le festival Donizetti et Ricordi poursuivront ce chemin musicologique à Bergame, en faisant revivre et en publiant tous les opéras de Donizetti. Il est difficile de découvrir une grande partie de ce répertoire lorsque les partitions ne sont pas facilement disponibles.

Il y a véritablement un risque à répéter toujours les mêmes cinq opéras et je ne pense pas que ce soit sain. En réalité, cela tue l'opéra en en faisant une routine et pas un engagement artistique.

J'ai abordé plus de 30 rôles, dont certains que je ne chanterai qu'une fois. Elisabetta dans « Il Castello di Kenilworth » pourrait être l'un d'entre eux. Chaque fois que j'apprends une nouvelle pièce de musique rare, quelqu'un me dit que je pourrais me limiter à chanter Puritani, Lucia, Rigoletto, Traviata et Sonnambula et avoir une vie facile.

Mais je ne suis pas d’accord … Ce n’est pas du temps perdu lorsque vous préparez un opéra, même rare, puisque chacun d’entre eux vous apprend quelque chose. Chaque opéra pose un défi qui vous informe et vous enrichit. Il est alors facile d’utiliser ces nouveaux apports pour d’autres opéras et d’autres représentations. Je le vois comme un chemin global vers la croissance artistique.

« Il Castello di Kenilworth » est un exemple intéressant d'opéra oublié. Il est devenu très populaire de monter la « trilogie Tudor » de Donizetti, mais en réalité, il serait plus logique de choisir la trilogie « Elizabeth ». Il Castello di Kenilworth est le premier des opéras Tudor de Donizetti et, comme pour  Maria Stuarda et Roberto Devereux, son sujet principal est Elizabeth ... On pourrait plaider pour une trilogie Elizabeth et Anna Bolena comme « prequel » !

La soprano pour laquelle « Elisabetta nel Castello di Kenilworth » a été écrite était célèbre pour sa Semiramide. Et pour moi, qui venait justement de Semiramide, le rôle, est, je trouve, très confortable. Si je venais d'un rôle plus léger comme Sonnambula, cela aurait peut-être été plus difficile. Essayer de programmer les bons rôles ensemble au cours de l’année peut vraiment beaucoup aider à éviter le stress vocal.

Avez-vous une approche différente pour un opéra que peu de gens connaissent par rapport à des œuvres connues, comme Lucia di Lammermoor, par exemple ?

Je chante Lucia environ deux à trois fois par an et après vingt-neuf productions et des centaines de représentations, je peux toujours dire que cela ne m'ennuie jamais. Chaque fois que je chante le rôle, cela me rend heureuse. C’est le premier rôle que j’ai interprété et c’est un peu, pour moi, comme rentrer à la maison. Quand je me regarde dans d'anciens enregistrements, je vois tout ce que j'ai appris à améliorer. Ma Lucia d’aujourd'hui est enrichie par mon expérience.

D’autre part, lorsque j’aborde un opéra rare que seules une ou deux collègues ont chanté au cours des dernières années, je ne peux évidemment pas tirer profit de mon expérience personnelle et il n’existe aucune façon traditionnelle d’interpréter le rôle. C’est une table rase, une toile sur laquelle vous pouvez vraiment vous exprimer devant un public sans idée préconçue. Je trouve le résultat plus intime et très satisfaisant même si le manque de confiance en soi dans le rôle rend cela plus effrayant.

Les lieux ont leur importance. Est-ce que chanter cette œuvre à Bergame a une signification particulière pour vous ?

J'aime cela ! Le grand avantage de Bergame est de chanter dans le théâtre de la ville natale de Donizetti. C’est un sentiment spécial que j’ai ressenti aussi à Naples lorsque j’ai chanté Lucia dans le théâtre pour lequel il a été écrit. C’est la même chose pour Semiramide à Venise. C’est un grand honneur et j’espère que le festival grandira au point de pouvoir commencer à publier le travail et à éditer les éditions critiques comme le fait le festival Rossini. « Il Castello » n'est pas un opéra facile à produire pour un théâtre, car il faut vraiment de bons chanteurs. Les quatre rôles principaux sont extrêmement difficiles. Nous sommes tous très impressionnés par la capacité qu’a eue le festival de présenter des chanteurs parfaitement adaptés aux rôles principaux.

 

Photo 2 JP by Yasuko Kageyama

Photo Yasuko Kageyama

 

Quand on regarde vos rôles, on a le sentiment qu’il y a, d’un côté, le belcanto et tout le reste de l’autre, comme la reine de la nuit et Zerbinette ...

C’est un peu de la curiosité de ma part pour les autres genres. Lorsque j’étais jeune étudiante en chant lyrique, j'ai abordé différents répertoires et très peu de bel canto. C’est une partie de ma formation initiale de musicienne et j’ai envie de l’explorer de temps en temps. Cela dit, le belcanto est ma maison et j’ai le sentiment que c’est le répertoire où je peux donner artistiquement le plus.

Je vous ai entendu récemment dans le merveilleux Semiramide de La Fenice dans lequel vous avez été remarquable. Cette production était idéale et marquera l'histoire de cet opéra (version complète, mise en scène intelligente et belle, équipe vocale exceptionnelle, direction magnifique). Pouvez-vous nous dire comment vous avez vécu cette aventure ?

J'ai été si heureuse. Nous avions un groupe de personnes et chanteurs formidables et j'ai vraiment senti que nous avions la chance de faire et de la musique et de l'art et ce n'est pas quelque chose qui arrive souvent. Cette carrière peut être extrêmement frustrante. Parfois, je dois me dire que je ne peux pas m'attendre à un tel niveau de production pour chaque engagement. Lorsque j'ai posté les photos de la production la première semaine, Chris Merritt est venu sur le site internet et a déclaré « enfin une production !!! » (rires)

Elvira, Lucia, Semiramide ... Alors que vous brillez dans tous ces rôles, quelles différences ressentez-vous dans la musique de Bellini, Donizetti et Rossini ? Y a-t-il des difficultés pour naviguer entre ces différentes œuvres ?

Ce sont évidemment mes trois compositeurs préférés. Je me sens immédiatement à l’aise dans les opéras de Donizetti. Avec Bellini, je dois travailler très dur sur le legato pour faire ressortir la mélancolie si présente dans son style ; mélancolie qui s'exprime souvent à mi-voix avec une ligne très longue. Au début de ma carrière, c'était très difficile à apprendre. Avec Rossini, on a plutôt ses fameux crescendo de fin qui sont si amusants et excitants à chanter. Il y a également beaucoup de colorature di forza qui sont très différentes, par exemple, de la colorature de Bellini, qui n’est jamais si vive et légère et doit toujours être souple et avec du legato. La colorature de Donizetti, en revanche, est une combinaison des deux. Je sais que Bellini ne respectait pas Donizetti, mais Donizetti était un grand fan de Bellini et l’admirait beaucoup.

Y a-t-il des rôles de ces trois compositeurs que vous voudriez chanter, mais qui nécessitent plus de temps pour les préparer ?

Vous pensez à Norma ? (rires).

Pourquoi pas plus tard ?

Oui absolument. La voix change et grandit constamment. J'ai désormais plus de contrôle dans la partie centrale et je suis plus à l'aise dans le registre grave. Cela ne veut pas dire que je vais perdre les notes aiguës, mais, par exemple, je ne me sentais pas à l'aise, il y a sept ans, entre les registres medium et graves. Je suis probablement un peu à l'opposé d’autres chanteuses actuelles qui semblent vouloir chanter des rôles plus importants qu'elles ne le devraient alors que, moi, je préfère chanter des rôles plus légers que je ne le devrais peut-être. Mieux vaut faire attention : quand il s’agit d’un répertoire plus dramatique ou plus lyrique, j’aime essayer le rôle et, ensuite, je le laisse murir pendant quelques années. Puis, quand je me sens physiquement prête pour une autre tentative, j’essaye à nouveau et développe ainsi ma connaissance du rôle.

C’est peut-être bien d’essayer ces rôles dans de petites salles …

Des petites salles et loin de l'Europe ! (rires). J'ai fait mes débuts dans Traviata en Australie et dans Norma en Chine, il y a des années, et je ne l'ai toujours pas chanté en Europe.

Votre carrière se déroule principalement en Italie, un peu en Espagne. On a l'impression que la tradition du bel canto y est beaucoup plus présente que dans d'autres pays comme la France (exception faite de maisons comme Marseille). Qu'est-ce que vous en pensez ?

Je n’ai pas beaucoup chanté en France, mais je ferai mes débuts dans Zerbinette à Toulouse et je reviendrai à Marseille avec plus de bel canto dans les saisons prochaines. Je ressens la même réponse du public en Espagne qu'en Italie. Jusqu'ici, j'ai trouvé le public français très réceptif au genre. Quand j'ai chanté Lucia pour mes débuts à Paris, le public du Théâtre des Champs-Élysées a été tout aussi impressionnant qu'un public italien : ils étaient attentifs et amicaux et on pouvait sentir leur enthousiasme depuis la scène. Ce fut une très belle expérience. A Marseille, le public devient fou de ce répertoire. Nous y avons joué quatre concerts de Semiramide ; la salle était remplie tous les soirs et personne ne partait à l’entracte ! Cela commençait à vingt heures et se terminait à minuit et demi ; nous étions épuisés à la fin de la soirée et le public était toujours là ! J'ai été très impressionnée (rires).

Mes engagements en France vont augmenter au cours des cinq prochaines années ; je reviendrai à Paris et à Marseille et ferai mes débuts à Toulouse avec Zerbinette et à Bordeaux avec « les Contes d'Hoffmann » sous la direction de Marc Minkowski, après avoir abordé avec lui, cette année, les quatre rôles dans une version de concert à Brême.

Vous devez venir à l'Opéra de Paris ! Mais c’est toujours difficile d’y avoir du bel canto. C'est la même chose avec tous les directeurs, Nicolas Joel ou Stéphane Lissner. Vous pourriez y chanter Semiramide, par exemple, ou Meyerbeer. Je vous ai entendu chanter l’Africaine à Venise et c’était superbe.

Oui, l’Africaine est une très belle œuvre. J'aimerais aborder plus d'opéras de Meyerbeer. « Les Huguenots » sont sur ma liste de souhaits avec « Il Crociato in Egitto » et « l’Etoile du Nord ». Quant à Massenet, j’ai pour projet de chanter « Esclarmonde » d’ici à cinq ans.

Il y a un très bon festival Massenet en France, à Saint-Etienne. C’est l’occasion de leur envoyer un message.

Vous participez évidemment régulièrement à des productions en Australie ...

Mes parents y vivent ainsi que mon frère et ma sœur. Quand je joue en Australie, c’est l’occasion de voir mes nièces. C’est important pour moi. L’Australie produit beaucoup de très bons chanteurs, mais nous avons tous tendance à partir, car il n’y a qu’un seul opéra à plein temps et c’est un environnement dans lequel il est difficile de se faire une carrière si l’on veut se spécialiser dans un répertoire particulier. Je devais partir. A la fois, la beauté et la difficulté de ce pays résident dans son isolement : il faut vingt-quatre heures de vol pour y aller à partir de l’Europe et dix-sept à vingt heures à partir de l’Amérique. Vous ne pouvez pas participer à des productions européennes à la dernière minute en venant d’Australie alors que c’est l’un des meilleurs moyens pour commencer une carrière. Il m’est arrivé tant de fois d’avoir à arriver très rapidement à Zurich, en Italie ou ailleurs en Europe et c’est comme ça que j’ai commencé. En m'installant en Australie, je n'aurais pas pu faire cela.

Quand je suis arrivé en Italie, le premier opéra que j’ai vu à Rome était « Tancredi » avec Mariella Devia, Daniella Barcellona et Raul Gimenez, sous la direction de Gelmetti et dans la mise en scène de Pizzi. J'ai tout de suite compris que je voulais juste chanter comme ça.

À ce stade, je ne savais pas vraiment quoi faire. Je chantais Strauss, Mimi et la reine de la nuit dans le même concours d'opéra ! J'étais partout … « la mamma morta » et «Visse d’Arte» étaient mes grands airs … (rires).

 

Photo 3 JP with Javier Camarena Photo by Nacho Gonzalez

Avec Javier Camarena (Photo Nacho Gonzalez)

 

Vous avez interprété une extraordinaire Lucia au Metropolitan Opera avec Vittorio Grigolo. Quelle est la différence entre chanter dans une aussi grande maison (où vous pouvez d’ailleurs sûrement rencontrer de nombreux collègues dans les coulisses) et des opéras plus petits où il n'y a qu'une production à la fois ?

Étrangement, étant donné la taille de la salle, je trouve que l'acoustique est vraiment facile au Met. Ce n’est pas ce que vous penseriez. Sur scène, il y a un beau retour. Je me sens très à l'aise là-bas ; j'ai découvert cela lorsque j'y ai débuté avec la Reine de la nuit. Dans une production de répertoire au Met, vous n’avez pas beaucoup de temps sur scène ; vous n’avez qu’une répétition avec orchestre et une Générale et c’est tout ; le gros des répétitions se fait dans des salles de répétition. Dans la production de Julie Taymor, la reine est sur une plate-forme élevée à l'arrière de la scène qui tourne pendant l'introduction musicale. J'étais sur cette plate-forme et quand elle a fait demi-tour, j'ai soudainement vu cette "grande caverne" et je me suis dit : "Qu'est-ce que je vais faire ? " (Rires), puis j'ai chanté et ce n'était pas si mal !

La seule chose que j’ai ressentie, cette fois, avec Lucia, c’est que je n’ai pas pu faire autant de couleurs et de pianissimi que je le voulais. J'ai dû plus forcer le volume de ma voix. Ça n’a peut-être été que ma perception, car je n’avais pas beaucoup d’expérience de l’acoustique dans cette production, étant dans la deuxième distribution et ayant déjà joué la production de Mary Zimmermanns à La Scala à Milan. Je n’ai eu aucune répétition sur scène ou orchestrale à New York, donc la première fois que j'ai chanté avec l'orchestre, dans les costumes et sur le plateau avec mes collègues, c'était pendant la représentation ! Alors, ne sachant pas à quel point je pourrais jouer avec les couleurs et la dynamique, j’ai décidé qu’il valait mieux chanter un peu plus fort au cas où ! Bien sûr, le chœur, l’orchestre et tout le monde dans l’arrière-scène est fantastique et c’est une très bonne ambiance pour travailler. Je reviendrai pour une prise de rôle dans deux ans.

Je me souviens que trois jours après la dernière représentation de Lucia au Met, vous étiez sur scène à Palerme pour chanter Elvira dans « I Puritani ». Comment gérez-vous un tel défi ou un tel stress, sachant que vous avez également dû faire face à un décalage horaire ?

C'était fou ! Ils ont eu une annulation, c'était une urgence. Nous n’avons pas pu trouver de vols directs vers Palerme à la dernière minute et nous avons dû réserver plusieurs vols (New- York - Paris - Milan - Rome - Palerme) pour arriver ! Juste après avoir accepté, on m'a dit qu'ils faisaient en plus l'édition intégrale, une édition critique avec un nouveau duo. Je devais l'apprendre à bord de l'avion, mais heureusement, j'avais beaucoup de temps avec tous ces vols. J'aime beaucoup « i Puritani », mais il est moins populaire que "Lucia", car il est plus difficile de trouver le ténor.

J'aimerais vous entendre dans « i Puritani »!

Je vais l’interpréter en France en version concert prochainement !

Je parlais plus tôt de vos prédécesseurs dans le répertoire du bel canto. Quelles chanteuses ont été ou sont toujours des sources d’inspiration pour vous ?

Je n’écoute pas beaucoup d’opéra parce que je n’aime pas en écouter chez moi. Je préfère l'écouter en direct dans les théâtres. En outre, la voix répète ce qu'elle entend. En écoutant trop de chanteurs, vous pouvez copier leur style autant que leurs défauts. Mais cela peut aussi être un bon outil. Je trouve qu'écouter certains enregistrements de Sutherland et de Fritz Wunderlich, par exemple, peut avoir un effet relaxant pour moi.

Cela dit, je suis d'abord tombée amoureuse de l'opéra, car mon père m'a acheté un CD de Callas. Je pense que j'avais 15 ans quand il me l'a donné. Je m'enfermais dans ma chambre et je l'écoutais encore et encore toute la journée. Juste pour l'émotion dans sa voix qui était si belle ! Quand j'étais très jeune, j'ai donné une interview et j'ai dit très naïvement que je voulais être un croisement entre Sutherland et Callas (rires). J'aime aussi Nelly Melba et Galli-Curci (nous avions un gramophone à la maison, je les ai donc écoutées sur des disques phonographiques). Il est intéressant de voir comment le style de chant a tellement changé : Galli-Curci et Melba ont beaucoup utilisé la voix de poitrine, alors qu'aujourd'hui, nous utilisons plutôt un mélange de voix de poitrine et de tête. Et bien sûr, elles ne chantaient pas fort ; elles chantaient presque en voix de fausset ! Maintenant, nous chantons le registre aigu à pleine voix.

Je me souviens avoir lu une lettre que l’enseignante de Nelly Melba lui avait écrite lorsqu’elle était allée chanter à Paris: « Eh bien, j’entends dire que vous vous adonnez au style de chant à la mode et j’espère que vous arrêterez et que vous chanterez à nouveau correctement ». Il y avait un changement de technique ; les artistes commençaient à chanter plus fort et à chanter les notes aiguës à pleine voix, alors qu'avant, ils les chantaient piano. Nelly Melba était en Europe, elle était à Paris et elle entendait cela ; elle l'a fait elle-même et a eu un énorme succès ! Je suis très sérieuse au niveau technique, mais je pense aussi qu’il est important de respecter le public et ses attentes ! Vous ne pouvez pas vraiment dire « Je vais chanter le Semiramide comme il a été chanté au moment où il a été écrit », car personne ne vous entendrait avec un grand orchestre moderne dans une immense salle avec un bruit extrêmement blanc provenant des lumières, de la climatisation, etc. Vous devez chanter plus fort. Il n'y a pas d'option !

La plupart des rôles que vous interprétez sont en italien, certains en allemand; il y en a peu en français. Avez-vous d'autres projets dans le répertoire français ?

Je travaille actuellement sur mon français parlé. Cela aide vraiment de parler la langue dans laquelle vous chantez : lorsque vous oubliez les mots, vous pouvez au moins inventer quelque chose de plausible (rires). En français, j’ai chanté Eudoxie de la Juive, Mathilde de Guillaume Tell, Inès de L’Africaine, Juliette de Gounod, Adèle du Comte Ory (j’aimerais le refaire prochainement) et Marie de la fille du régiment. Et aussi comme je le disais Olympia, Antonia, Giulietta et Stella des Contes d’Hoffmann. J'ai eu une expérience très positive avec Marc Minkowski par rapport à la langue. Il m'a beaucoup aidée pour le français en me donnant des conseils sur la façon de prononcer les mots correctement afin qu'ils soient, à la fois, corrects et correctement projetés dans la salle ; Je suis vraiment impatiente d’avoir toute une production mise en scène avec lui parce que nous aurons plus de temps pour travailler ensemble sur la musique. Le chef-d’œuvre d’Offenbach apparaît plusieurs fois dans mon futur calendrier, mais je ne peux pas être plus précis pour le moment.

Pour finir, pouvez-vous parler d’autres futurs projets ou rôles ?

Le clou de la saison prochaine est mon récital à Milan le 20 mai. Un récital solo à La Scala est toujours l’une des réalisations les plus prestigieuses pour un chanteur lyrique et je suis très touchée par cette opportunité. Je travaille en ce moment le programme. Des récitals similaires sont également prévus à Palerme et à Naples ainsi qu’un concert de scènes de la folie avec orchestre à Bilbao que nous avons intitulé « Delirio ». Juste après, j’ai programmé un enregistrement avec le Maggio Musicale et Riccardo Frizza qui devrait sortir d’ici la fin de l’année. C’est une année chargée qui commence !

Merci beaucoup Jessica. Nous sommes impatients de vous suivre dans ces projets.

Interview réalisée le 23 novembre 2018 par Paul Fourier

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir