Entretien avec Elsa Dreisig

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La soprano franco-danoise Elsa Dreisig a fait sensation dans de nombreux concours de chant internationaux et aux dernières Victoires de la musique. Elle nous a accordé une interview lors de son passage triomphal au dernier Festival Berlioz.

Vous êtes née dans une famille d’artistes.

Oui, tout le monde est musicien dans ma famille. Ma mère, mon père, mes sœurs…Je me produis d’ailleurs parfois avec ma mère en récital.

Il y a eu un déclic pour vous ?

Oui, sans doute La Flûte enchantée, quand j’avais 5/6 ans ! Encore aujourd’hui, c’est mon opéra fétiche !

Et vous en avez déjà chanté pas moins de trois rôles !

Oui, c’est vrai : j’ai chanté tout d’abord le premier garçon à l’Opéra de Lyon au cours de la saison 2012-2013, puis Papagena et maintenant Pamina, qui a été le rôle de mes débuts à Berlin et que je vais chanter à Bastille cette saison puis à Zurich la saison prochaine.

Revenons à vous études musicales. Quelle a été votre formation ?

J’ai fait du chant dès mon enfance dans le cadre des maîtrises de l'Opéra royal de Wallonie à Liège et puis dans celle de l'Opéra national de Lyon. J'ai fait mes études d'art lyrique au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et à la Hochschule für Musik de Leipzig dans le cadre d’une bourse Erasmus. Je dois beaucoup à mon professeur Lionel Sarrazin qui m’a aidé à passer d’une « voix verte » à une voix lyrique.

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On a entendu lors du concert d’hier soir, dans les lieder de Strauss et la mort d’Isolde à quel point vous avez des affinités avec la langue et la culture allemande !

Oui, en effet! Je suis très contente de vivre à Berlin et de faire partie de la troupe de Daniel Barenboim.

Vous avez remporté une grande moisson de prix et, tout dernièrement, vous venez de triompher à Operalia. Qu’avez-vous chanté à cette occasion?

J’ai d’abord présenté, lors du premier tour, Manon et Pamina. Puis en demi-finale, la grande scène finale d’Anna Bolena sans la cabalette et en finale l’air de Juliette, « Amour, ranime mon courage ». Mais je dois dire que si j'ai gagné Operalia, c'est principalement grâce à mon interprétation de Pamina et d'Anna Bolena.

Vous aimez le Belcanto ?

Oui, j’adore. Je chante déjà Rosina et dans un avenir plus ou moins proche je rêve d’aborder Semiramis, La Donna del Lago, la Desdemona, l’Elvira des Puritains, Anna Bolena, la Somnambula... J’ai signé pour Traviata en 2018 au Staatsoper.

Déjà ! N’est-ce pas un peu prématuré comme prise de rôle ?

Non, je ne crois pas, j’ai plus d'un an pour me préparer. Je pense être une Violetta lyrique, sans le contre-mi bémol par exemple qui est facultatif.

Avez-vous déjà refusé des rôles ?

Oui. C'est toujours difficile de dire non mais c'est primordial si on souhaite construire une carrière sur la durée.

Bien sûr vous envisagez des rôles français ?

Oui, bien évidemment. Je vais chanter Micaëla à Aix en juillet 2017 dans la mise en scène très attendue de Dmitri Tcherniakov. Puis, un jour j'espère, Thaïs et Manon.

Et ce soir trois cantates sur le thème d’Herminie par trois compositeurs français au Festival Berlioz.

Oui, c’est un défi un peu fou, dont je n’avais pas complètement réalisé la difficulté, il faut bien l’avouer. Mais je suis heureuse de le faire. J'ai eu un véritable coup de cœur pour l‘Herminie de Berlioz qui demande un véritable travail de tragédienne.

Vous avez des artistes qui vous inspirent ? Des modèles ?

Oui plein! Alberto Giacometti par exemple, ou Picasso. J’aime beaucoup aussi Glenn Gould, Martha Argerich, Daniel Barenboim, Heinz Holliger, Herbert von Karajan, Valery Gergiev... Et chez les chanteurs, Maria Callas, Anna Netrebko, Renée Fleming, Jessye Norman et Nicolaï Ghiaurov... Et tant d'autres! J’ai beaucoup aimé Bejun Mehta lorsque j’ai eu la chance d’être son Euridice (dans l’opéra de Gluck) à Berlin. C’est un Orphée très intense, androgyne, assez fascinant. Le travail avec le metteur en scène Claus Guth, toujours à Berlin, sur la Juliette de Martinu m’a aussi beaucoup apporté. Je ne chantais pas le rôle-titre mais qui sait, peut-être un jour?

Il y a des metteurs en scène avec lesquels vous aimeriez particulièrement travailler ?

Ce que je souhaite c'est travailler avec des metteurs en scène qui viennent du monde du théâtre ou du cinéma comme par exemple Christophe Honoré, Michael Haneke ou Olivier Py. Mais je dois avouer que je ne connais pas encore très bien les noms des metteurs en scène d'opéra. Ce qui est assez surprenant car la partie théâtrale dans le chant lyrique est très importante pour moi. C’est une lacune que je dois donc combler!


Propos recueillis par Jérôme Pesqué le 24 août 2016
 
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Photos Compte Twitter Elsa Dreisig