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Photographie (c) DR

 

Jessye Norman aime la France et sans doute un peu plus encore depuis les cours qu'elle a pris avec Pierre Bernac, frère spirituel de Poulenc et mélodiste suprême, à l'Université de Michigan au printemps 68. Réveillée dès cinq heures du matin par l'urgence de cet enseignement qui porte de si beaux fruits.
La France l'aime et ses critiques délirent pour elle. qu'on en juge : « la voix est ce qu'on peut imaginer de plus sensuellement enveloppant, le timbre voluptueux et ductile comme une soie, la ligne vocale toujours ferme et portée par un souffle souverain » peut-on lire dans Le Monde du 27 juillet 2001. Pâle compliment au regard de celui enflammé signé par Jean Cotté dans le France-Soir du 14 janvier 1978 : « Elle possède l'immensité vocale d'une Kirsten Flagstadt, la profondeur dans le grave d'une Kathleen Ferrier, le meilleur dans l'aigu d'une Schwarzkopf et peut avoir selon les auteurs et les oeuvres la souplesse altérée d'une Caballé ou les fulgurances dramatiques de Birgit Nilsson ».
Son très riche et étincelant parcours français reste marqué pour moi par au moins deux moments de grâce.
En juillet 1983 à Aix, elle était Phèdre, celle de l'Hippolyte et Aricie d'un jeune tricentenaire, Rameau. Pier Luigi Pizzi, le magicien, signait là une de ses mises en scènes les plus abouties, les plus ensorcelantes. Le moindre des mérites de ce scénographe qui travaille aussi bien pour les immensités de Bercy, de Vérone ou de Nîmes que pour la bonbonnière de la salle Garnier de Monte-Carlo, est d'avoir décuplé pour l'oeil la scène exiguë de l'Archevêché par un jeu complexe de miroirs, miroirs noirs et or comme la nuit profonde. Un espace ponctué par des colonnes de porphyre descellées, comme retenues dans l'imminence de leur chute par des bustes d'esclaves maures, silhouettes noires comme celles, entières et vivantes, que l'on voit tout au long du spectacle manipuler les éléments scéniques. Forêt d'arbres dorés entourant une altière Diane sur un cerf d'argent, immense drapé mauve cardinal agité des spasmes de la fureur de Neptune, cuirasses subtilement soulevées par des taffetas bouillonnants. Et Jessye, immense bouche d'ombre, de douleur convulsée et de rage. Soleil noir déployé hautement, tonitruant et noble.

Et puis, jusqu'aux larmes, un soir de mars 1986. Elle chantait les Quatre derniers lieder de Strauss. « Nous étions loin, très loin de la salle Pleyel, dans une sorte d'antichambre du paradis où rien n'existait en dehors de cette musique sublime, de cette voix venue d'ailleurs », (Le Figaro, 24 mars 1986), « avec la grande dimension cosmique de cet adieu de Strauss à la vie, si calme, profond, abandonné aux limites de l'univers. La voix au sommet de sa courbe, planant en longues orbes, avec mille expressions miroitantes de ce timbre de diamant jusqu'à l'azur profond de la nuit dans le grave » (Le Monde, 25 mars 1986)

 

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